08/04/2009

3.3.4 Passemints d' timps / passe-temps: djeûs / jeux

Si l'on met à part les jeux populaires du lundi et du mardi de la dicâce (voir plus haut), on peut dire que trois types de jeux se partageaient les faveurs des jeunes et des adultes: les jeux de car­tes, les jeux de quilles et la riboulète.

Les jeux de cartes sont très prisés dans notre région: ils servent notamment à meubler les sîzes ou les après-midi des jours de relâche. Le jeu le plus en vogue a toujours été le couyon 'couillon', avec diverses variantes (notamment le couyon qui va et le couyon qui passe); très courus aussi sont le pikèt 'piquet', le swèk (ou swik), la mènche (équivalent de la matche ailleurs), le potot, le wis 'whist', la banke 'banque' et sa variante la banke russe, le valet de pique (w. l' machuré, l' nwar valèt ou l' puwant); dans une moindre mesure, on joue au rami, au vingt-et-un, au chemin de fer, au pandour, au chasse-cœur, etc. Les plus jeunes se passionnent pour la bataille (w. pèlé vê 'veau pelé').

 

Les jeux de quilles sont surtout en vogue lors de la dicâce; ils sont rarement installés définitivement (sauf à l'abri d'une grange, p.e.) et pour chaque fête, il convient de remonter le jeu. Chaque quille (w. guîe) repose sur l'extrémité d'un piquet enfoncé dans la terre, qu'on a scié au ras du sol. La planche de bois est pla­cée au niveau des quilles; elle est régulièrement arrosée d'eau, pour faciliter le mouvement de la boule (w. bole ou boule) lancée en direction des quilles.

On joue avec trois, cinq ou neuf quilles Qeu complet). La disposition du jeu se présente comme suit.

 

La riboulète, encore appelée clitchète ou tchike se pré­sente comme une sorte de jeu de quilles miniature dressé sur une surface légèrement inclinée. Une boule, lancée le long du bac situé à droite du jeu vient frapper un ressort installé dans le coin gauche, puis elle redescend en renversant les quilles sur son passage. La part de hasard est réelle, mais certains clitcheteûs parviennent à imprimer à la boule l'effet nécessaire pour maîtriser quelque peu la trajectoire de celle-ci. Si son fonctionnement est simple, les règles de la riboulète sont complexes. Ce jeu d'argent permet, au départ de mises modestes, un système de surenchères entre les candi­dats à bâre 'à égalité': en quelques heures, des fortunes ont changé de main! Malgré l'interdiction officielle, certains «enragés» continuent de jouer gros à leur passe-temps favori. Certes il devient plus fréquent de miser une tournée ou un jambon, mais, croyez-le, il est des jambons qui valent leur pesant d'or!

 

Les jeux d'enfants sont sans doute moins vénaux que les précédents, bien qu'ils apprennent très tôt à thésauriser les billes de plomb, ou, plus modestement, les pîres du tchèrîje 'noyaux de cerise'.

Nous ne pouvons passer en revue tous les jeux qui s'offrent aux enfants de notre région: comme ailleurs, ils connais­sent les traditionnels chat perché (w. tchâri tchèt), marelle (w. à l' pîrchète), gendarmes et voleurs, poursuite (w. ti l'as-y-u), cache-cache (w. câyi-ca), etc. Les garçons se passionnent pour les jeux de billes (w. tchike ou casse), ou les jeux de balle; ils se lancent dans d'interminables parties d'adresse avec des couteaux, des bâton­nets (w. cruche à Bastogne, guichète ailleurs), de petits morceaux de fer (w. châyète), ou encore des bouchons sur lesquels reposent des pièces de monnaie; ils se confectionnent des «canonnières» (w. tire à bale), des sifflets (w. chofla) avec des baguettes de sureau ou de sorbier, des arcs et des lance-pierres. A la bonne saison, ils partagent leurs loisirs entre l'exploration des coins fascinants dont les parents ont défendu l'accès, la pêche (à la main, à la four­chette, ou à la bouteille), la chasse aux hannetons (rien de tel que ces coléoptères pour détendre l'atmosphère d'une classe!), aux têtards (w. makète), aux salamandres (w. rognète). L'hiver, entre deux batailles de boules de neige (w. sokês d' îvièr), ils s'adonnent aux joies du traîneau, des glissades acrobatiques, sans oublier la confection des bonshommes de neige!

 

(Octave, 1973, 123) LES PARTIES DE LUGES   

                           

Heureux ceux qui ont connu l'époque où il n'existait que peu de voitures automobiles et où les chariots ne circulaient guère lorsque la neige recou­vrait le sol durant de longs jours.

Heureux les enfants, et les plus grands, qui ont participé, à ces glissades vertigineuses, à partir de la maison Geuzaine jusqu'au croisement des rues vers l'église; les plus habiles descendaient même plus loin. C'était sim­plement des traîneaux plus ou moins bricolés, qui dévalaient la rue en dé­sordre, et qui entraînaient bien souvent des chutes.

 

Les filles, qui partagent à l'occasion les jeux de leurs petits camarades, sont également tentées par la corde à sauter, le cer­ceau (w. cèke), la dînette et les rondes.

Parmi les jeux d'intérieur, on retiendra, outre certains jeux de cartes (voir plus haut), le loto (w. kine), les dominos, les dés, le jeu de puces, etc.

 

Ce jeu se pratique avec de petites pièces rondes (les puces) que l'on fait «sauter» en direction d'un récipient.

 

 

(in : Francard Michel, Traditions populaires au pays de Bastogne, 1982, p.212-217)

16:41 Écrit par justitia & veritas dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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