09/04/2009

3.1.1.5 Périôde holandèse / période hollandaise: 1815-1830

3.1.1.5 Période hollandaise: 1815-1830  (Octave, 1973, 38)

 

Le Congrès de Vienne remania la carte de l'Europe. L'attribution du Luxembourg au roi Guillaume Orange-Nassau fut signée le 9 juin 1815.

Ce fut une période de troubles, baignée d'incertitude, de passions politiques.

Guillaume 1er, à part une brève apparition à Arlon, s'est peu occupé de la province de Luxembourg durant les 15 années de son règne. Lorsque, mécontents du régime, la révolution des Belges en 1830, leur offrit l'occasion de s'en débarrasser, les Luxembourgeois furent vite entraînés par le vent de révolte qui soufflait.

Tandis qu'Arlon chassait la petite garnison hollandaise de cette ville, de nombreux volontaires partirent pour Bruxelles pour former un corps de Chasseurs luxembourgeois sous le' commandemant de l'avocat Dominique Claisse de Luxembourg. Nous trouvons comme volontaires pour Bastogne: H.Masbourg, J.P.Siville et P.F. Tosquinet qui dès le 1er octobre 1830 se rendit à Bruxelles à la tête de plusieurs de ses concitoyens qu'il entretint durant le voyage. Il se distingua à Waelhem et à Wilryck. Breveté sous-lieutenant le 9/11/1830, il passa au 2me chasseurs à pied le 30/9/1831, fut nommé lieutenant le 31/5/1834, et décéda tragiquement au camp de Beverlo le 25 juillet 1837. (1)

Le Luxembourg fut donc au 1er rang de la victoire remportée sur les Hollandais.

Le Musée royal de l'Armée conserve un uniforme de ce corps de volontaires (uniforme du volontaire Rogister  blouse de toile bleue sans passepoil de couleur; bonnet à flamme verte, tresse et floche de laine rouge, tur­ban de fourrure noire surchargé de grandes lettres de cuivre L.X.; houzeaux de velours brut à grosses côtes.(1)

Seize Luxembourgeois siégèrent au Congrès, dont Nothomb pour le district d’Arlon et Hubert Hasbourg pour Bastogne.

De 1831 à 1839, le représentant à 1a Chambre pour le district de Bastogne fut

F. D'Hoffschmit de Recogne.

 

Le 19 avril 1839 fut signé le traité des XXIV articles et avec l'accep­tation de Guillaume 1er, ce fut la séparation: notre province actuelle restn à la Belgique, tandis que l'autre partie demeura acquise au Grand-Duché indépendant.

 

(l) L.Leconte: Le 2me bataillon de tirailleurs ou les volontaires Luxem­bourgeois de Claisse. pages 13 et 16.

 

(p.39) Nous ne pouvons terminer cette page d'occupation hollandaise sans parler du fameux projet du"canal Meuse-Moselle", canal plus connu dans notre ré­gion sous le nom de "canal de Tavigny" ou "canal de Bernistap". Cette oeuvre considérable mérite bien que nous lui consacrions quelques lignes.

 

 

CANAL DE TAVIGNY dit aussi de BERNISTAP (1)

 

Entre 1815 et 1830, se trouvait donc sous le régime hollandais; par la conformation même de leur pays, tout en canaux, c'est aux bateaux que nos gouvernants de La Haye songèrent d'abord; et ils se mirent à dévelop­per le réseau des voies fluviales (canaliser la Sambre et la Meuse, creu­ser le canal de Gand à Terneuzen etc.

Ce fut alors que naquit le projet de réunir la Meuse liégeoise à la Moselle Luxembourgeoise et au Rhin, par l'Ourthe et la Sûre canalisées. Ce canal devait être une route de transit pour l'Allemagne et la France; en même temps qu'un canal d'exploitation agricole, le bateau était un moyen de trans­port facile et peu coûteux.

Le promoteur du projet, un futur colonel du génie de l'armée belge, Remy de Puydt, ingénieur de talent et voyant loin et large, avait procédé à diverses études. Il Etablissait, par des chiffres, la possibilité d'exé­cuter une voie navigable partant du confluent de l'Ourthe et de la Meuse, à Liège, et aboutissant au confluent de la Sûre et de la Moselle, à Wasserbillig, en remontant l'Ourthe et en descendant la Sûre.

L'alimentation de cette voie était assurée grâce au débit des deux rivières et par l'établissement de réservoirs suffisants. On utiliserait le lit de l'Ourthe entre Liège et Houffalize et, dans l'actuel Grand-Duché, le cours de la Woltz, puis de la Sûre.

Il prévoyait même plus tard deux embranchements au futur canal: l'un sur la commune de Rendeux s/Ourthe, qui rejoindrait la Lesse en aval de Rochefort et de là, le confluent de la Lesse et la Meuse.

Le second partirait d'Ettelbruck sur la Sûre et remonterait l'Alzette.

On pense plutôt, avec le recul du temps, que de Puydt proposait ces embran­chements pour faire croire ê. un projet de mise en valeur agricole de la Haute Ardenne et détourner l'attention hollandaise de la liaison fluviale qu'il établirait entre le Rhin et la Meuse. L'habile officier réussit très bien, ce projet étant favorable aux Hollandais, mais il ne réussit pas à intéresser les Belges à son entreprise. C'est probablement la raison pour laquelle le projet ne fut pas mené à bonne fin.

Le 1er juillet 1827, un arrêté royal accordait la concession à perpétuité du canal et de ses deux embranchements au groupe formant la "Société ano­nyme - Société du Luxembourg". L'acte de concession accordait un délai de 5 années pour terminer la liaison principale, plus deux ans pour l'exécu­tion des embranchements.

Dès le courant de 1827, les travaux commencèrent à l'embouchure de l'Ourthe, à Liège et, en même temps, à Wasserbillig. La voie principale était, pour la répartition dû travail, divisée en trois parties.

Le première comprenait le cours de l'Ourthe à une demi-lieue en amont du centre de Liège et jusqu'au confluent des 2 Ourthes en amont de La Roche.

 

(1) O. Petitjean: Revue Touring Club 1931/32

 

(p.40) La rivière devait être canalisée par des barrages établis dans son lit et 8l Ecluses à sas ménagées sur des canaux de dérivation. Chaque écluse devait mesurer 3 m50 de largeur sur 20 mètres de longueur, ce qui per­mettrait le passage des bateaux de 60 tonnes.

La seconde partie du tracé utiliserait la vallée de l'Ourthe, passerait par Houffalize pour atteindre l'embouchure d'un ruisseau dit  "du Moulin" (un peu en amont de Houffalize) et continuer sur Tavigny. Entre les deux Ourthes et Houffalize, on devait creuser un canal, soit dans le lit de la petite rivière dont les eaux seraient relevées par barrages,  soit dans des parties de rivières redressées. De Houffalize à Tavigny, on creuserait un canal particulier latéral à l'Ourthe et au ruisseau du Moulin. La lon­gueur totale de cette section devait être de 25.418 mètres: la chute de 170 mètres, nécessitant la construction de 37 écluses,  la plupart à sas multiples.

 

Dans la troisième partie, la section sud en pays Luxembourgeois, remon­terait la Wiltz jusque Kautenbach,  puis la Woltz par Wilwerwiltz et Clervaux. Elle obliquerait vers l'ouest au nord de Clervaux par le ruisseau de Troine et atteindrait, au-delà d'Asselborn, un bief de partage des eaux.  Ce bief s'étendrait entre Buret et le hameau Luxembourgeois Hoffelt. (commune de Hachiville). Sa longueur totale devait être de 5.370 mètres, comprenant,de part et d'autre d'untunnel de 2528 mètres de longueur,  deux sections à ciel ouvert.

L'art de l'ingénieur était de surmonter deux difficultés, l'alimentation en eau à un point du pays situé à plus de  500 m d'altitude au-dessus du niveau de la mer et le franchissement d'une crête qui, de part et d'autre des écluses d'accès au bief, se relevait de 60 mètres.

La partie la plus intéressante était donc le bief à établir entre la com­mune de Tavigny et celle de Hachiville. Il fallait l'établir à une côte qui permettrait d'amener les eaux du plateau environnant, ce qui imposait la nécessité de creuser le canal en tunnel sous la crête. L'emplacement avait été choisi à cause, précisément, des possibilités d'une alimentation abondante en eau, c'est-à-dire entre la première éclu­se ouvrant la descente vers la Meuse, à Bernistap,  et la première écluse descendant vers la Moselle, à Hoffelt, à 50 m environ en-dessous du pla­teau environnant et 60 m en-dessous de la crête de partage des bassins fluviaux.

 

De part et d'autre de cette crête, le bief fut établi à ciel ouvert: la distance entre l'écluse de Bernistap et l'entrée du tunnel, à Buret, est d'environ 2 km. Le travail y fut complètement exécuté;  c'était une tranchée qui allait en s'approfondissant, à mesure que le terrain se relevait, fut taillée dans le roc;  au point où cette tranchée atteignit 10 m 50 de profondeur,  il devint moins onéreux de commencer le souterrain. Celui-ci devait avoir 2.528 mètres de longueur. De sa  sortie orientale à l'écluse de Hoffelt, il n'y avait que 700 m environ de tranchée à creuser.  Cette tranchée fut  également creusée.

Le canal,  y compris le tunnel, suivait dans ce bief une ligne assez droite.

Deux ruisseaux,  celui de Tavigny et le ruisseau de Hachiville recueillaient par deux affluents principaux les eaux du haut plateau environnant. Le projet du colonel de Puydt drainait vers le bief de partage les eaux supé­rieures de ces quatre affluents principaux à l'aide de petits canaux (rigoles) au Sud, les ruisseaux de Boeur et Buret et au Nord les eaux du ruisseau de Roset,  et les ruisseaux de la partie grand-ducale.

 

(p.41) Les tranchées qui devaient amener le canal aux deux entrées du souter­rain furent commencées dans le courant de 1828. Le 13 janvier 1829, elles étaient terminées et l'on entama le percement du tunnel à Buret, percement qui fut long et difficile; la dureté de la roche, l'envahissement des eaux et la pauvreté des moyens à cette époque, ne permettaient d'avan­cer que d'environ 2 mètres par quinzaine.

L’endroit où la société avait établi le dépôt de son matériel, des ateliers de la cantine, etc., se trouvait tout en haut de la crête qui porta pendant longtemps le nom de « Chantier », petit hameau construit en cet endroit.

En août 1831, le tunnel s'enfonçait dans la montagne sur une longueur de 1300 mètres, dont la moitié était maçonnée (rapport officiel).

D'après les renseignements du chapelain de l'époque à Buret, les chiffres mentionnés dans les registres de la cure, sont un peu inférieurs aux précédents: longueur de 1130 mètres 20 cm.

Ces travaux avaient déjà coûté 1.500.000 frs dans ce secteur.

Les travaux, d'abord ralentis à la suite de la révolution de 1830, avaient été complètement abandonnés en août 1831. Il semble que cet abandon fut surtout imposé par manque d'argent. La Société avait arrêté ses travaux avec l'intention de les terminer quand le sort politique des territoires traversés serait fixé.

Après la révolution belge, les deux extrémités de cette voie appartenaient à deux Etats,  qui,  ayant le même souverain, pouvaient se concerter pour étrangler le trafic sur le parcours belge

intermédiaire. Le canal ne pou­vait plus compter, en toute hypothèse, sur un fret en provenance ou à des­tination de la Hollande libre de tous droits de douane et de navigation. Si tout ou une  partie du Luxembourg venait  à être enlevée à la Belgique, celle-ci ne pouvait garantir à la Société,  ni la  continuation des travaux en territoire grand-ducal jusqu'à la Moselle aux conditions de la conces­sion primitive, ni la liberté du trafic et  de l'exploitation convenue sans entraves douanières, péages et redevances sur le territoire grand-ducal.

En réponse au Gouvernement belge qui voulait des précisions sur les tra­vaux, la Société répondit qu'un achèvement  partiel ne l’intéressait  guère et que si le Gouvernement désirait qu'elle  canalisât l'Ourthe, il devait lui en fournir les fonds. Cette réponse  était une fin de non-recevoir: la Société maintenait tous ses droits et entendait rester seule juge de l'opportunité de la continuation des travaux.

La population du Luxembourg tenait au canal, et en 1836, deux députés de la province,  Bercer et  D'Hoffchsmidt dépecèrent a la Chambre une proposi­tion de  loi  pour la  continuation des travaux grâce au produit de  la vente des bois domaniaux en Luxembourg.

 

Mais en 1843, le problème avait changé d’aspect. La Belgique ayant décidé en 1834,  la  construction d'une ligne de chemin de fer d'Anvers-Cologne, avait rendu inutile l'achevèrent du canal,  Dès lors, une transaction s'im­posait. Par une convention conclue avec l'Etat belge en 1846, la Société fut libérée de construire le canal. En même temps la  Société obtenait la concession de la  ligne de chemin de fer de Bruxelles à Luxembourg.  Cette Société prit le nom de  "Grande Société du Luxembourg" et prit, pour objec­tif, celui de construire et d'exploiter aussi bien des voies ferries que des canaux.

Quant au tunnel, il a résisté, jusqu'à ce jour du moins, et le canal de Bernistap s'est rempli d'eau et est envahi par ses roseaux et les plantes sauvages. C'est une curiosité fort peu connue,  mais il est vrai que l'accès en est très malaisé.

09:38 Écrit par justitia & veritas dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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