09/04/2009

3.1.1.9 Histware / histoire: l' Ofensive Von Rundstedt / l'Offensive Von Rundstedt 1944-1945

3.1.1.9  LA CONTRE-OFFENSIVE ALLEMANDE

 

Hélas, trois mois plus tard, le vent d'allégresse allait subitement se retourner en une formidable rafale de dévastation, toute une région allait être broyée.

Déjà depuis le début décembre, les bruits circulaient: on parlait d'espions allemands, de faux parachutistes, de concentration de troupes allemandes à la frontière.... mais rien ne permettait de supposer une offensive si rapide.

Dans l'après-midi du dimanche 17 décembre des obus allemands tombaient sur le village. Quelques Grand-ducaux passaient, effrayés par les combats qui se déroulaient, disaient-ils aux environs de Clervaux. Le lundi matin, des bruits inhabituels réveillent la population: les Allemands occupent le vil­lage. En effet, la 2e Panzer Division était à Allerborn vers 4 heures du matin, mais s'écartant de la route de Bastogne, elle bifurqua sur Bourcy, tandis que la  Panzer-Lehr-Division se dirigeait sur Mageret après de nom­breux combats à Longvilly.

Les premiers rounds de la bataille avaient débuté partout. De Bastogne, les bataillons de la 101e Airborne se mirent également en route. Sous les ordres du Colonel Cherry,  une division américaine fut envoyée sur Longvilly.

(p.119) Le lieutenant-colonel O'Hara se dirigea sur Wardin. Le Groupe blindé DESOBRY devait gagner Noville et barrer la route de Bourcy. Ces trois forces ayant pris position le 18, leur mission, consistait à tenir l'ennemi le plus longtemps possible éloigné de Bastogne, en attendant des renforts.

Le major Desobry envoyé sur Noville, dut faire face à la pre­mière attaque entre Bourcy et Noville vers le matin, le 19. De nombreux combats se déroulèrent dans le secteur de Noville, mais après une lutte de 24 heures, et malgré les renforts envoyés, le Groupe Desobry, inférieur en nombre et en matériel, malgré son acharne­ment et un combat héroïque contre les chars allemands arrivant de trois côtés (Bourcy-Vaux et Houffalize), commença une pénible retraite vers Foy et Bizory, espérant faire jonction avec les troupes américaines sur la route Neffe-Bastogne.

Les Allemands s'arrêtèrent au-dessus de Foy, juste au chemin qui se diri­ge sur le château de Monsieur D'HOFFSCHMIDT à Recogne. Ils n'allèrent ja­mais plus loin.

Desobry était venu à Noville avec 15 blindés;  il lui en restait 4,  il avait perdu 13 officiers et 213 hommes, mais la 2me Panzer avait été blo­quée un jour entier.

 

Nous ne pouvons nous étendre sur l'aspect militaire des combats de la ré­gion de Bastogne; depuis la fin de la guerre, de nombreux ouvrages y ont été consacrés.

Dès l'exode des Grands-Ducaux, les jeunes gens, le garde-champêtre et les membres de la gendarmerie qui craignaient les représailles allemandes avaient quitta le village, qui, à pied, qui en vélo,  par les petits che­mins de campagne,  afin de gagner la Meuse le plus rapidement possible. Ceux qui restaient, se préparaient à vivre des jours inénarrables.

Le village, immédiatement occupé par l'ennemi et par les détachements spé­ciaux de la  "Sicherheitspolizei und Sicherheidtsdienst" communément appelés" Gestapo" et qui accompagnaient toutes les unités combattantes, subissait immédiatement des atrocités.  La Gestapo recherchait les membres de l'armée secrète ou "armée blanche" (1), et visitait les maisons du village. Elle possédait une liste comprenant les noms des suspects... Les membres de la  gendarmerie étaient en tête de liste, mais ils étaient loin. C'est  ainsi qu'eut lieu un rassemblement d'une trentaine d'hommes devant la maison-épicerie de Monsieur Roland.

Place de la gare, les époux J. MAQUET-KATTE,  avaient déjà été froidement abattus dans leur cuisine. Nul n'en sut jamais la raison. En existait-il une? Le même jour, le fils des époux Maquet, malgré les conseils de prudence qu'on lui témoignait, se vit également arrêté et abattu de 5 balles dans la nuque après avoir été conduit dans un champ non loin du cimetière. Léon OCTAVE, ayant été dénoncé, par erreur, comme résistant, fut battu comme plâtre et réussit, Dieu sait comment, à convaincre les brutes. Il fut laissé sur place avec plaies et bosses.

 

(1) Sous l'occupation, ce vocable générique et impropre d’"armée blanche" comprenait les mouvements de résistance à l'ennemi.

 

(p.120) Sous la garde des S.S. et d'une mitrailleuse pointée sur eux, les hommes arrêtés, attendaient devant la maison Roland. S'y trouvaient, notamment: M.ROLAND, M.WAGNER, A. GILLIS, FREDERICK, A. ABINET, C. DUPLICY, V. KRACK, E. FRERES, GREGOIRE, J. RIJMESTER, N. et A. MATHIEU, A. ANNET, A. GEORIS,... »  Mes amis, dit l'instituteur, nous allons être fusillés ». Interrogés, réinterrogés à tour de rôle à l'intérieur de la maison voisine, ils passèrent ainsi la nuit.

Monsieur Roland, répondant à la demande d'un soldat et espérant ainsi sauver ses compagnons d'une situation critique, se rendit dans sa cave pour prendre quelques bouteilles d'alcool cachées dans un ancien four à pain. Hélas, l'Allemand l'ayant suivi, découvrit les drapeaux alliés confectionnés en hâte quelques mois plus tôt et qui avaient si joyeuse­ment flottés lors de la libération. Monsieur Roland fut emmené et battu. Les autres prisonniers entendaient ses cris, le revirent un instant, épuisé, puis emmené au dehors. On le retrouva méconnaissable à 150 mè­tres de sa demeure; il avait succombé aux suites des mauvais traitements. Sa femme et sa fille âgée de 15 ans, furent également battues. Les prisonniers, après cette longue nuit, purent finalement rentrés chez eux. La soif de vengeance s'était peut-être assouvie à Bourcy, mais 4 km plus loin, six habitants de Noville furent froidement assassinés,par le même groupe semble-t-il. (Ce détachement de S.S. ne semblait pas être composé uniquement d'Allemands, mais d'après certains documents officiels, des Français se trouvaient parmi eux. Certains déclarèrent eux-mêmes, être Français.)                            

 

Pour les habitants, ce fut la ruée vers les caves réputées les plus solides, sans eau, sans électricité, avec un strict minimum de nourriture, entassés, jeunes, vieux, malades, dans des conditions hygiéniques rudi­mentaires.

La cave du presbytère contenait au moins 40 personnes. Vers la fin de l'offensive, les occupants en furent chassés et se réfugièrent un peu partout. Les étables et les caves de la ferme Duplicy étaient remplies, ainsi que la ferme du château. En communauté, on se sent plus en sécu­rité, sécurité toute illusoire, bien sûr.

Plusieurs familles se réfugièrent "en dessous du Moulin" se croyant pro­tégées par les bois touffus d’épicéas. Cet abri trop précaire, fut bien­tôt abandonné. Elles trouvèrent refuge dans le hangar de Monsieur Lambert, refuge tout aussi précaire, car il fut bientôt perforé par le feu de la bataille. Les plus courageux profitaient de l'obscurité ou d'une petite accalmie pour se procurer un peu de ravitaillement ou pour glaner quel­ques nouvelles.

Il est impossible de décrire ces jours interminables. Jamais prières et chapelets ne furent récités avec plus de ferveur: c'est vers Dieu qu'on se tourne dans la détresse.

Le 16 janvier, les derniers obus tombaient sur Bourcy. Un de ceux-ci éclata à proximité de la maison E. Frères, décapitant net Madame L. Lhermitte, son fils de 13 mois sur les bras. On releva l'enfant indemne. Bourcy était libéré le 17 janvier; le cauchemar avait duré 1 mois. Mais quel réveil. Chacun ne voyait autour de lui, que ruines, désolation, routes décentrées, bois déchiquetés, cadavres d'animaux et de soldats. Pas une seule maison intacte: 25 maisons complètement détruites, les autres, fortement endommagées et pillées. Grandeur des vainqueurs ou grandeur des victimes ?...

 

(p.121) En plus des cinq victimes citées, mentionnons également Alphonse DOMINIQUE,  étudiant (17 ans) qui avait quitté le séminaire de Bastogne le 19 décembre et fut tué à Mageret.

Sylvain WIRARD (50 ans), tué d'un éclat d'obus en pleine poitrine. Jules MATHIEU (65 ans) Emile JACQUEMART (79 ans), Mme MAYEN-VOLVERT ( 45 ans) ; M.HAAG (66 ans) emmené par une ambulance américaine; on n'a jamais retrouvé sa trace.

 

Les autres villages de la commune subirent le même sort. Michamps, Oubourcy,  Arloncourt,  occupés tour à tour par les Allemands et les Amé­ricains et ceci plusieurs fois durant tout un mois; on imagine facile­ment dans quel état se trouvaient ces villages après les batailles. Ce fut pour les habitants un va et vient continuel à la recherche d'abris. Au prix de mille difficultés, ils quittaient leur village en feu pour échouer dans un autre, qui connaissait un peu plus tard le même sort.

A Michamps, un bref corps à corps se déroula dans la maison Fairon. Le 16 janvier, l'Oberlieutenant Kierski se trouvait dans la cave de la ferme Jacob, occupée par Derouanne.

Il avait opté pour la résistance, mais finalement se rendit. Un obus explosa à l'étage de la maison Garcia tuant le père et blessant l'épouse et la fille. Le 3 janvier, toutes les maisons situées en face de la chapelle brûlèrent. Le bâtiment Fairon devint un refuge pour 80 personnes, ainsi que les caves Jacob et Zune.

 

Victimes de l'offensive:

A Michamps 

Joseph Garcia                                        

Léon Marchal

Hélène Gaspard et son fils Guy                                                  

Nicolas Louis                                                                              

Oubourcy

I. Roufosse, veuve Girs

Céline Baltus épse Marchal

Moinet

Michel Sainlez

Arloncourt

Ernest Charneux, tué à Oubourcy par un Allemand

Longvilly

C.Clause

Fern. Lesage                                            

R.Guebel

E.Guebel, quittant un instant la cave de Monsieur Beaulieu, fut blessé par un éclat d'obus. Deux heures plus tard, les Américains entrant au village emmenèrent le blessé en ambulance. Nul ne le revit.

 

 

Pour l'arrondissement de Bastogne, on comptait une perte de bétail de l'ordre de 3.863 vaches laitières et 14.623 porcs,  plus ce qui a échappé aux constats officiels.

Le matériel agricole fut saccagé, les greniers et les caves vidées, sans récolte: la population avait perdu à la  fois, ses biens, ses demeures, ses instruments de travail.

Les villageois sinistrés menèrent une vie pénible durant de longs mois, s'installant dans des écuries, des annexes ou chez un voisin compatissant moins sinistré. Cet état de chose dura jusqu'à l'arrivée des habitations appelées" baraquements", du " provisoire", mais qui dura une bonne dizaine d'années. L'électricité ne fut rétablie que fin 1946. Cependant les ha­bitants ont aussitôt employé leur énergie à reconstruire leur village. Ils ont retrouvé au fond d'eux-mêmes la vigueur et la ténacité de leurs ancêtres pour déblayer les ruines et remettre pierre sur pierre.  Hélas, la len­teur des organismes officiels chargés de la réparation des dommages de guerre a contrarié leurs élans de courage par de vaines attentes. Certains touchèrent seulement leurs dommages de guerre 15 ou 20 années plus tard.

09:15 Écrit par justitia & veritas dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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