09/04/2009

3.2.1 Lès travaus / les travaux : secteur primaire: à l' cinse / à la ferme

3.2.1 Secteur primaire

 

CULTURE – ELEVAGE (Octave, 1973, 55 & sv.)

 

Pendant des siècles, les forêts furent les principales ressources de l'Ardenne: le hêtre constituait les 9/10 des feuillus, suivi ensuite par le chêne, le bouleau,  puis 1'épicéa. (1)

Les grandes forêts de jadis fournissaient la bruyère et le genêt qui servaient de litière aux animaux. En effet, le genêt ménageait au bétail une couche propre, élastique et sèche. Cette litière donnait un excellent fumier. On obtenait même un bon résultat en enfouissant le genêt grossiè­rement haché en lieu et place de fumier.

Certaines traditions veulent que dans nos Ardennes, les jeunes pousses de genêt étaient confites dans l'alcool ou le vinaigre et servaient.de câpres. Enfin,  pour la médecine, le genêt aurait possédé des propriétés apéritives et diurétiques.

« Le genévrier aux essences résineuses, en wallon "pèkèt" porte des baies vertes et des baies mûres violacées qui, d'une part, servaient de condi­ments, et d'autre part, étaient utilisées en médecine. Ces baies macérées dans un litre d'alcool à 30°  étaient à la base du "pèkèt" que buvait nos ancêtres ».(Abbé Dubois) Du hêtre, on tirait par carbonisation le charbon de bois, la  farine du hêtre pour l'huile d'éclairage.

Les écorces du chêne servaient, comme nous l'avons expliqué, pour le tannage des cuirs.

Les cultures étaient moins considérables et se trouvaient directement aux alentours du village. La coupe des céréales se faisait à la force des bras. On ne moissonnait le seigle à la faux que lorsqu'il était dru,  sinon, on l'abattait à la faucille.

Il y avait de nombreuses étendues de jachères que les végétations et les taillis reconquéraient lente­ment avant d'être de nouveau refécondés par l'écobuage.

C'était un mode de culture très répandu, rudimentaire, un procédé des pays pauvres, mais qui re­monte à l'antiquité. C'était un procédé de défrichement par le feu. On arra­chait d'un terrain les plantes sauvages,  les herbes et gazon qui le couvraient, on les brûlaient avec la couche superficielle de terre et la cen­dre était répandue sur le sol. Ce procédé était employé dans les terrains d'où l'on voulait tirer une récolte sans y mettre un engrais animal. Mais le

résultat était souvent peu appréciable pour le travail à fournir.

 

(1) L'épicéa, appelé vulgairement le sapin, aurait seulement été introduit en Belgique vers le dernier quart du XVIIIe siècle. Encore ne formait-il à cette époque que des boqueteaux. Mais, depuis près d'un siècle, il est devenu très commun. Sapin Douglas, ainsi appelé parce qu'il aurait  été importé du NO de l’Amérique par David Douglas vers 1827.

 

(p.56) Cette époque de stagnation dura longtemps. Un puissant paradoxe subsistait à ce propos, car, en dépit du brassage des peuples, l'agriculture progres­sait lentement et conserva longtemps les mêmes techniques et les mêmes outillages. (…)

 

(p.57) Nos ancêtres vivaient aussi des produits de la chasse et de la pêche. Pour la chasse, à cette époque,  on utilisait tout simplement des bâtons, des gourdins, la massue, le filet, des pièges des plus grossiers, des trappes, pour prendre le gibier de toute espèce dont regorgaient les forêts.  Aux époques reculées, la chasse ne faisait l'objet d'aucune ré­glementation - droit  égal sur les animaux sauvages. Mais sous le régime de la féodalité, le droit de chasse devint une espèce de droit réel formant l'apanage exclusif de la seigneurie. Les seigneurs l'exercèrent sans égard pour les récoltes. Des peines d'une rigueur très excessive étaient attachées à la moindre infraction par le peuple, mais de tous temps, il y eut des "braconniers".

L'élevage du mouton était très répandu, tout comme l'élevage du porc. Jusqu'en 1846, c'est le Luxembourg,  qui de toutes les provinces, comptait le plus de moutons. Comme on ne connaissait pas encore le  "rouleau" pour les cultures, c'est aux moutons que l'on faisait appel pour tasser la terre,  pour la piétiner (pour "triper").

La disparition de l'élevage du mouton a suivi le mouvement des défriche­ments, et fut remplacé par l'élevage des bêtes à cornes. Le mouton fut alors, tout à fait délogé de ses pâturâmes, mais on conti­nua à l'élever, néanmoins, pour sa viande et pour sa laine,  son lait qui donnait un supplément de ressources.

Actuellement, c'est fini... La bergerie ne fait plus partie de la maison ardennaise. Quant au berger, cette profession aussi a disparu.

Dans notre région couverte de chênes, l'élevage du porc était tout naturel. Dans chaque village, à côté du berger, du herdier, il y avait aussi le porcher. C'était une petite occupation très humble, payée par la caisse communale. Le porcher passait le matin en soufflant dans sa corne, les porcheries s'ouvraient et les cochons formant un cortège impressionnant et grognant, mais d'une parfaite docilité, tous les dos gras se touchant, se heurtant, le porcher conduisait sa troupe à la glandée ou la laissait errer dans les landes et les prés. C'était la ruée,  dévorant et fouillant jusqu'aux racines; il s’ensuivait parfois d'irréparables dégâts.

La grande fécondité du porc permettait une prompte multiplication, ce qui assurait la consommation familiale et par la suite la vente sur le marché. De tous temps, les jambons d'Ardenne furent renommés. A quoi tenait donc ce goût qui le distinguait ? A la nourriture du porc, aux plantes qu'il ab­sorbait dans la campagne, à l’enfumage ensuite, d'abord enfumage aux genêts puis avec bûches de chêne et de hêtre.

Chacun de ces facteurs était sans doute pour quelque chose dans la qualité et la finesse du jambon, qui faisait apprécier ce morceau de choix.

Mais le régime du porc a changé, les bois lui sont fermés, la lande n'est plus, le porc est devenu sédentaire. En revanche, les moyens d'ali­mentation à la ferme se sont développés.

Là où subsiste encore dans nos villages, une large cheminée (elles sont rares), on enfume encore les jambons au feu de bois, mais uniquement pour la propre consommation de la famille.

Quant à la production des jambons pour la vente, et surtout pour les besoins touristiques, leur enfumage s'opère trop rapidement dans des fumeries spéciales. C'est toujours le beau jambon, mais ce n'est plus le  "bon" jambon d'Ardenne à la renommée méritée.

 

(p.58) L'agriculteur de cette terre pauvre parvenait cependant à fournir à sa famille le pain quotidien, durement gagné. Les habitants vivaient surtout de l'agriculture et chaque famille exploitait un petit lopin de terre, même le journalier qui louait ses services dans des fermes plus importantes.

Le cultivateur avait peu de besoins; les vêtements étaient fabriqués par les membres de la famille durant les longues soirées d'hiver: on filait, on tissait le lin et le chanvre qui se cultivaient par petites parcelles. Les hommes étaient tous un peu menuisiers, vanniers. On ne passait chez le spécialiste que juste pour les besoins, comme chez le tisserand, le cordonnier, le meunier. En échange de leurs services, on donnait quelques kilos de graines, du lait, du beurre, ou on leur laissait un supplément de fil.

Jadis, le troc était d'usage général et il resta d'ailleurs longtemps, même lorsque plus tard, bien plus tard, s'installèrent les premières épi­ceries.

Sur les terres peu avenantes de l'Ardenne, les gens du dehors ne venaient pas volontiers s'installer dans les immenses étendues de bois sauvages et de friches désertes.Pour les y amener, on devait leur accorder des avanta­ges, des privilèges. On leur permettait donc de s'installer sur les terres, de les exploiter et en outre, d'user pour eux-mêmes et pour leur bétail, des terres incultes et des bois environnants. En échange, les habitants devaient procurer au seigneur un certain nombre des prestations et de corvées et une part de la récolte.

C'est ainsi, qu'autour de quelques châteaux se formèrent des bourgades où régnait le servage et les procédés d'une culture rudimentaire, où la ri­gueur du climat faisait manquer les récoltes.

Comme on l'a dit: " Produire assez pour ne point mourir, trop peu pour vivre vraiment".

Le climat de l'Ardenne est très rude, froid, humide, pluvieux. Mais cer­taines années sont citées dans l'histoire comme des années exceptionnelles, de sécheresse ou d'hiver rigoureux.

Voici quelques-unes des nombreuses années citées par les historiens pour avoir été d'une sécheresse excessive.

 

 

1022

sources desséchées, poissons morts, se putréfiant donnant lieu à une épidémie.

1132

sources taries

1276-1277

1294

chaleur excessive

1440, 1442

été sans pluie ; la terre est comme brûlée.

1473- 1536-1539-1540-1541- 1550   

grande sécheresse (dans toute l'Europe d'ailleurs)

1615-1616- 1646- 1652-1678

chaleurs accablantes.

1718

36° ; pas de pluie

1748-1754-1760-1767-1778-1738

six années notées comme sèches à l'excès.

1811-1818-1830-1835-1857-1864

périodes de grande sécheresse d'avril à octobre.

1921

année très sèche. Cette année, à part quelques privilégiés au puits intarissable, tous les habitants du village transportaient l'eau depuis les diverses sources entou­rant la localité, les fontaines publiques étant toutes taries.

1947

Année très sèche mais loin d'être comparable aux sécheresses précédentes.

 

(p.59) Par contre, l'abondance de neige en certaines années est restée mémorable, nous disent certains livres et documents.

 

1709

année de famine, la plupart des fontaines sont gelées.

1716

chutes excessives de neige, sans arrêt, en janvier et février.

1731, 1776

chutes de neige de 3-4-6 pieds dans certaines régions.

1783-84

énormes glaçons entraînés sur les rivières. On ne pouvait voyager ni à pied, ni à cheval.

 

 

A la date du 5 mars 1895, une neige de 30 à 50 cm tenait depuis 3 mois dans l'ensemble de l'Ardenne. Les diligences venant d'Arlon atteignaient Houffalize avec difficulté et devaient rebrousser chemin, ne pouvant continuer sur Aywaille et Liège.

Encore au début de ce siècle, disent les "anciens" la neige tombait en abondance dans nos villages. L'administration communale prenait l'initia­tive de demander à chaque homme valide sa contribution pour déblayer la ligne de chemin de fer et permettre au train de circuler.

Notons aussi la terrible épidémie de peste de 1636-1639 qui décima lit­téralement la population. Au dénombrement des feux de 1656,  les rapports signalent une diminution allant des 2/3 aux 3/4 de la population.

 

1816-1829

furent des années de disette.

1866

épidémie de variole et de choléra.

1883

épidémie de typhus,  de même qu'en 1900.

guerre 1914/18

épidémie de grippe dite  "grippe espagnole".

 

 

La culture du topinambour ou poire de terre précéda celle de la pomme de terre. On parle déjà de cette culture en Lorraine en 1709.

D'après Ozeray, la carotte fut  introduite en Ardenne vers 1770, tandis que la pomme de terre,   "la crompîre", la "Gromper" en luxembourgeois, fut introduite, d'après divers témoignages, vers 1730 dans la région. (En 1725, dans la région de Bouillon).

Plantée d'abord dans les jardins, puis dans les champs, sur des étendues de plus en plus grandes, elle devint l'un des rares produits que l'Ardenne ait pu exporter.

D'après les statistiques officielles de 1846, sur les 89.991 ha, que comp­tait l'arrondissement de Bastogne, 8.675 Ha seulement, étaient cultivés et 2.647 ha essartés. Les terres cultivées n'atteignaient donc pas le 1/10 de la surface totale.

On cultivait surtout le seigle, l'avoine, mais pas encore le froment, un peu l'épeautre, ce parent pauvre du froment.  On vendait vers 1846, 1 fr 10 les 40 litres d'avoine, 4 sous, la douzaine d'oeufs.

Les semailles se faisaient à la volée; comme outillage, il y avait la char­rue et la herse en bois;  comme attelage, les vaches et les boeufs.

Les étables étaient trop exiguës et mal aérées; les litières s'ac­cumulaient, le typhus et la peste bovine firent autrefois de grands ravages. L'épizootie avait pris une grande extension qu'une surveillance de plus en plus sévère aux frontières enraya heureusement  (épidémies de 1866 et 1870). La peste bovine fit, de nouveau, ravage en 1921/1922 et la fièvre aphteuse resta  longtemps la grande plaie du bétail; elle y causa des pertes énormes surtout entre 1933 et 1940.

Vaines pâtures: certaines terres étaient, en principe, réservées. L'automne venu, elles étaient   « dusbanéyes » ("débannées"), le bétail pouvait alors paître librement sur toutes les prairies et les champs non clos. Au 1er avril, les terres étaient de nouveau « abanéyes » ("abannées").

(p.60) De 1880 à 1914: c'est surtout durant cette période d'une trentaine d'années que ce fit la plus grande transformation culturale de l'Ardenne, et que se produisirent les plus grands progrès.

En premier lieu, les voies de communication rurales s'améliorèrent et permirent d'atteindre les différentes parties éloignées des exploita­tions. L'installation des lignes de chemin de fer qui commencèrent à sillonner le pays, permit des moyens de transports plus rapides.

Vers 1880, pour la première fois, les engrais apparurent. L'emploi de la chaux, encouragé et même subsidié par le gouvernement, le phosphate, le nitrate, la kaïnite, tout cela améliora les terrains, d'où, enrichis­sement des fourrages et augmentation de la production. Les cultivateurs en améliorant leur culture au moyen d'instruments plus perfectionnés,(charrue à soc, herse en bois puis en fer, appelé "hérisson » enfin le rouleau) parvinrent à vendre une partie de leur récolte. Les cultivateurs importants disposaient de semoirs pour les semis en li­gnes et des charrues double-brabant.

 

Les vaches et les boeufs qui servaient d'animaux de trait furent rempla­cés par les chevaux, plus onéreux, certes, mais plus rapides que les boeufs. Et puis.... comme le dit si bien l'abbé Dubois, que dire de la dignité paysanne " tenir des boeufs quand le voisin exhibe des chevaux" ? Dut la bourse du cultivateur en pâtir, ou quitte à ce qu'il s'entende avec son voisin, le bon cheval ardennais que Napoléon qualifiait d'infa­tigable, se retrouva vite dans toutes les fermes. (L'abbaye de Saint-Hubert fut un centre d'élevage très important. Le marché de Neufchâteau fut célèbre.)

Quelques années plus tard, les machines s'améliorèrent encore, les fau­cheuses mécaniques, les machines à battre, les herses jumelles, les sca­rificateurs, les nouveaux modèles de charrues, les faneuses, etc, etc, c'est l'avènement de la mécanisation agricole. La prudence paysanne, la méfiance est vaincue, il veut des machines; d'ailleurs sa ténacité d'Ardennais l'y pousse... produire... produire... En un mot, on ne connais­sait déjà plus alors les durs labeurs et la vie misérable des générations passées.

Que dire depuis la dernière guerre : les engins motorisés sont devenus né­cessaires à tout agriculteur.

Une nouvelle agriculture était née avec les premiers progrès agronomiques. Elle est ensuite devenue adolescente avec la mécanisation. Elle devient adulte par la motorisation.

Le travail de rénovation agricole entrepris par les générations précédentes s'est poursuivi avec persévérance. Nos ancêtres devaient vaincre, avant tout, la nature; les cultivateurs d'aujourd'hui doivent surmonter les dif­ficulté économiques.

Les uns et les autres n'en ont pas moins, appliqué les mêmes qualités de la race, formée aux tâches les plus dures.

Un humoriste reprochait un jour à la terre ardennaise de n'avoir pas d'entrailles: "On n'y trouve, disait-il, ni charbon, ni cuivre, ni or. C'est à peine, si on y tire un peu d'ardoise et de minerai de fer". Il ajoutait: " par contre, l'épiderme est généreux. On en retire, notam­ment la pomme de terre.."

 

(p.61) Anciennement, on ne connaissait pas l'écrémeuse qui fit son apparition vers la fin du 19e siècle.

Comment procédait-on alors ? Après la traite, le lait passait au filtre (coleû) puis il s'écrémait tout seul en reposant dans des pots en grès ou des bassins appelés « crameû »: pot en terre cuite avec bec qui pouvait retenir la crème)

Plus tard, le pot fut remplacé par un petit tonneau en forme de cône tronqué, dans lequel la crème était remuée à la force des poignets de la fermière; ce procédé fut remplacé plus tard, par la baratte tournante, plus rapide. L'écrémeuse centrifuge allait tout révolu­tionner. L'écrémage était immédiat et les pertes moins lourdes. Comme ces machines étaient assez coûteuses, on essaya de les acheter en commun. La crème était envoyée à une laiterie qui se chargeait de la prise à domicile 2 ou 3 fois par semaine. Le fermier était payé par la laiterie pour la crème qu'il avait livrée et il pouvait prendre du beurre suivant ses besoins.

La coopérative rurale se développa ensuite et on créa des laiteries. Chaque cultivateur pouvait apporter le lait matin et soir, dans le local du village où se trouvait l'écrémeuse commune et le matériel nécessaire.

A Bourcy, nous nous rappelons notamment de deux familles qui s'occupè­rent longtemps d'une laiterie commune: Maria Octave pour le bas du village (de 1922 à 1944) pour la laiterie St Antoine de Bastogne, et la famille Ehlen pour la laiterie de Noville.

La personne préposée prélevait dans le seau du fermier un peu de lait à l'aide d'un tube dans lequel elle avait déposé une pincée de sulfate de fer. Elle inscrivait alors sur un tableau adéquat, en regard du nom de chaque famille, et pour chaque jour, la teneur en matières grasses.

Les laiteries passaient prendre les bidons de crème.

Toutes ces laiteries coopératives sont disparues et furent reprises actuel­lement par la Société beurrière "ILA" de Recogne-Libramont, jeune inter­coopérative constituée en 1964. (…)

 

 

La situation du secteur agricole (Octave, 1988, 93)

 

 

Jadis, les alentours du village étaient occupés par des forêts de chênes, bouleaux, futaies, des bruyères, des terres incultes où pâturaient moutons et chèvres, troupeaux qui furent remplacés plus tard par les bêtes à cornes.

Il n'existait qu'un petit rayon de cultures très peu éloignées du centre.  Les terres sartables étaient bien plus importantes que les terres labourables (voir carte de Cabinet des Pays-Bas Autrichiens levée à l'initiative du Comte de Ferraris 1771-1778.) On y voit très bien les terres cultivables directement aux alentours du village. Les parties hachurées horizontalement sont des prairies marécageuses longeant les ruisseaux.  On y distingue parfaitement le moulin de Bourcy.  Les surfaces pointillées ne sont que futaies).

En 1850, la région cultivée se limitait encore à un rayon de 500 à 600 m des habitations, à l'exception de quelques prairies plus éloignées.

Les parties incultes furent rapidement mises en valeur agricole les terres transformées en cultures et, dans le même temps, la bâtisse augmenta.

A partir du XIXème siècle seulement, l'épicéa fit son apparition et au cours du XXème siècle, les boisements de conifères progressèrent rapidement.

Les prairies étaient considérées comme terrains de première valeur, au point que dans les partages de famille au XVIIIème siècle, les parents léguaient leur patrimoine à un seul enfant. Les autres enfants étaient "égalisés", c'est-à-dire que les parents leur versaient une certaine somme ou leur donnaient un certain nombre de têtes de bétail.  Ci-contre un exemple d'un contrat de mariage en 1795 (Copie Minutes du Notaire Thiry}.

Le partage égalitaire des successions entre les enfants devint réalité par la loi de mars 1793 et le code civil de 1804. Mais, de ce fait, ce fut le morcellement des propriétés entre les enfants afin qu'aucun ne soit lésé, ce qui diminua les fortunes individuelles et provoqua l'exode de la jeunesse.

Comme dans tous les hameaux, publicité faisant, il y a des hommes qui rêvent d'évasion.  Il semblerait qu'à chaque génération, l'un ou l'autre habitant désire se lancer dans "la grande aventure": Nicolas SCHAAK s'en fut pour le Brésil, Michel DASSENOY partit pour les Indes Néerlandaises, Joseph DUSSART, Victor FREDERICK, Emile VOLVERT et Jules GROMMERSCH pour le Congo.

La plupart ne firent qu'un terme et s'en revinrent au pays. Seul Joseph DUSSART y fit carrière qu'il termina vers 1950 comme Administrateur Territorial.

La génération actuelle (R. ABINET) semble plutôt se diriger vers le Canada.

(p.96) L'agriculture était la source principale de richesse et la terre en constituait le capital.  Les cultivateurs rassemblaient les 3/4 de la population du village.

L'apparition des machines agricoles révolutionna l'agri­culture.  Ce fut l'arrivée sur le marché, dans les grandes et moyennes exploitations, des charrues à soc, des herses, des faucheuses, faneuses, moissonneuses, machines à battre etc.

De 1873 à 1908, la région se dota de groupements agrico­les, particulièrement utiles pour l'achat des semences et pour le crédit.

C'est vers 1880, que l'agriculture prit une nouvelle orienta­tion. On employa d'avantage d'engrais et d'aliments de bétail. Vers 1895, se créèrent des coopératives laitières.

 

Le paysan réalisait cependant des économies, fut-ce au prix de sacrifices et de privations.  Et petit à petit, à la lente cadence des générations, il avait finalement une terre à lui.  Ainsi, il devint petit ou moyen agriculteur. D'autres louaient leurs services à la journée à un agriculteur plus important.

Petit à petit, avec l'extension des cultures et le nouveau type de partage de succession, le regroupement des exploitations commença à poser des problèmes difficiles et longs à résoudre.

Les superficies exploitées, découpées précédemment, ont été regroupées en un tout depuis l'opération de remembrement agricole (loi du 22-7-1970 ; arrêté ministériel d'enquête en 1971, arrêté d'exécution en 1973).  Ce remembrement qui dura bien longtemps, accepté par les uns, dénigré par les autres, fut terminé pour notre région en 1980, avec un acte complémentaire du 9-5-1983 - (voir plans pages suivantes).

(p.99) Vers 1950, sont apparues deux innovations importantes dans le domaine de l'agriculture. D'abord, la motorisation qui a permis d'augmenter la capacité de travail.  La mécanisation de l'agriculture est, nul n'en doute, à l'origine du prodigieux bouleversement que le monde agricole a connu depuis cinquante ans.

Ensuite, les progrès de la chimie appliquée aux engrais, aux maladies frappant les cultures, à la sélection des diverses semences.

A Michamps, sous la direction du Professeur Jean LAMBERT, fonctionne un laboratoire, opérationnel depuis 1969, qui permet aux agriculteurs, de connaître la valeur de leurs prairies, mais aussi, de profiter au maximum de leur production d'engrais organiques et, de la compléter par une fumure bien équilibrée pour un rendement quantitatif et qualitatif.

A Remoifosse, il existe un centre de recherches pour le bétail dirigé par le Professeur BIENFAIT.

Il y a aussi les nouvelles techniques, les échanges de connaissances avec d'autres pays, les principes de production, de stockage, de rationalisation du travail.

Cette double évolution a entraîné d'abord l'augmentation de l'importance des entreprises agricoles restantes, ensuite, la hausse de la production par hectare.

Les anciennes fermes parviennent difficilement à s'inté­grer dans ce nouveau circuit de production.

Peu de fermes modernes ont pu s'installer, car les investisse­ments auxquels il faut faire face sont très importants. Cette situation ébranle les petites et moyennes exploitations. Seules, quelques grosses fermes parviennent à être rentables, en s'équipant mieux et en se spécialisant davantage. Elles sont confrontées à la nécessité d'accroître la productivité à l'évolution des marchés et à la concurrence de l'industriali­sation.

On peut constater une orientation vers les herbages et les productions bovines, notamment vers le double bétail, lait et vaches allaitantes, avec livraison de 55 % de la production laitière aux laiteries.

Les cultures, elles aussi, sont exploitées en vue uniquement du bétail. Les bovins règnent en maîtres, le cul-de-poulain est le plus rentable...

Par contre, la production porcine périclite depuis quelques années, face à la concurrence des élevages industriels.

(p.100) Il y a une cinquantaine d'années, la plupart des gros cultivateurs possédaient une turbine écrémeuse centrifuge. Les autres portaient le lait à la laiterie coopérative, en rapportant le petit lait; la crème était envoyée à la centrale régionale : la laiterie St Antoine de Padoue à Bastogne ou l'Excelsior à Noville.

Déjà fin 1947, les laiteries coopératives se trouvaient dans une situation précaire.  Les exigences des pouvoirs publics imposaient des conditions de fabrication (notamment la pasteurisation).  Les petites laiteries supportèrent diffici­lement le coût des transformations à leurs installations et finirent par disparaître. Celles-ci furent reprises par les sociétés beurrières plus importantes.

Par ailleurs, en 1947, les agriculteurs commençaient à réclamer une rentabilité plus grande de leur travail.  C'était déjà la bataille du lait... A cette époque, nous nous trouvions encore sous le régime des timbres de ravitaillement dont voici ci-dessous quelques spécimens.

(…)

(p.101) Actuellement, l'agriculteur doit être à la pointe du progrès. Tout est motorisé, électrifié, même l'informatique est entré à la ferme.

L'organisation de l'habitation et de ses dépendances agricoles, accès facile, circulation aisée, doit lui permettre un gain de temps et de travail.

Les fermes modernes ont leurs étables plus fonctionnelles, des locaux bien aérés, une salle de traite à double quai, avec toutes les facilités pour le soin des bêtes.

(p.102) Les firmes spécialisées (*} ont mis au point des équipements de haute performance pour la rapidité de la traite, le confort des trayeurs et de son troupeau.

Le lait passe directement par une installation perfec­tionnée dans un tank refroidisseur avec agitation programmée et lavage automatique intégrée. Il existe aussi un système de désinfection des trayons, ce qui évite les infections intra-mammaires.

 

Conclusion.

D'après certaines statistiques, les prairies recouvraient la région de 20 % en 1895, de 45 % en 1919, de 60 % en 1959 ; actuellement, elles constituent entre 75 et 80 % des terres. Il se confirme également, que le nombre d'exploitations de taille inférieure à 20 ha diminue, tandis que la classe de 20 à 50 ha est en croissance.

Les bras qui furent très nombreux pour la culture de la terre, le sont moins à présent pour la travailler dans son entièreté.  Les efforts modernes de mise en valeur se concentrent sur les meilleures terres et sur les patrimoines pour lesquels il reste encore des fermiers actifs et des successeurs éventuels.

A Bourcy, il reste actuellement 9 agriculteurs pour les 158 maisons.

La crise économique a quelque peu ralenti cette course à la modernisation et à la productivité.  Les prix agricoles sont bloqués, tandis que les coûts de production augmentent.

Cette situation accentue la dépendance de l'exploitation, des décisions prises au niveau national et même international (C.E.E.).

 

{*) La firme Mélotte à Rémicourt, fournisseur des premières machines agricoles, fut fondée en 1852 par Guillaume Mélotte. En 1878, son fils réalise ses premières inventions et met au point 1'écrémeuse à bol librement suspendu, brevetée en 1888. Ceci donna une formidable extension à l'usine jusque dans les pays voisins.

07:58 Écrit par justitia & veritas dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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