09/04/2009

3.2.1 Lès travaus / les travaux: secteur primaire: mine di plomb à Longv'li / mine de plomb à Longvilly,

LA MINE  (Octave, 1973, 5 & sv.)

 

Cette ancienne localité mérite certainement une étude plus détaillée.

(p.5) C'est en 1820, qu'un habitant de Allerborn, premier bourg rural luxembour­geois, a quelque 2 km de Longvilly, au lieu-dit « Tchifontin.ne » ("Chiffontaine") découvrit par hasard en irriguant ses terres, quelques blocs de plomb, dont l'un pesait 700 kilos.

L'un des premiers à être intéressé par cette découverte, fut Monsieur A. Siville, notaire à Bastogne, mais il fut concurrencé dans la course à la concession par une Société de Vedrin.

Après des discussions qui durèrent 2 ans, un pacte fut conclu le 7/9/1622 entre les deux parties. Mais ce n'est que 4 ans plus tard que la mine fut concédée à la "Société de Longvilly», par l'Arrêté du 26 août 1826, dont voici les deux premiers articles concernant l'étendue de la concession. (1)

 

Art.I : Il est accordé à la Société de Longvilly représentée par les Sieurs de Dommartin, de Berg, Baron d'Anethan de la Trapperie et A.Siville de Bastogne, concession des Mines de plomb situées dans les com­munes de Oberwampach, Niderwampach, Longvilly, Winseler, Harzy, et ce, sous une étendue de 3213 bonniers et 58 perches.

 

Art.2 : Cette concession est limitée au Nord, à partir du clocher de l'église d'Arloncourt par une ligne droite se dirigeant sur celui de 1'église de Moinet.

A l'Est, du clocher de Moinet sur celui d'Allerborn; de là, prenant le chemin d'Allerborn à Derenbach jusqu'au carrefour formé par le chemin d'Oberwampach à Bruchtenbach, puis continuant le même chemin d'Allerborn à travers le bois de Zatalle jusqu'à Grumelscheid. Au Midi, par le chemin de Grumelscheid à Harzy jusqu'à sa rencontre avec celui de Bras à Niederwampach et au couchant par une ligne droite tirée de ce point de rencontre sur le clocher d'Arloncourt, point de départ.

 

Ainsi, une nouvelle industrie était née, et cette exploitation était la seule, non seulement de la province de Luxembourg mais encore de la Belgique.

En 1827, les travaux d'exploitation commencèrent d'abord avec une ving­taine d'ouvriers sur une profondeur de 20 mètres.

 

En 1839, le tracé de la frontière entre Longvilly et Oberwampach coupa en deux la concession et le travail n'allait reprendre que sur le territoire belge.

Le nombre d'ouvriers augmentait sensiblement d'année en année, des travaux importants y furent effectués: des galeries d'écoulement, l'enfoncement d'un puit de reconnaissance d'une profondeur de 12 à 13 mètres en dessous du canal d'écoulement et au fond duquel le gîte présentait une épaisseur de 12 cm de galène pure.On y installa une machine d'épuisement d'une force suffisante pour porter les travaux à une plus grande profondeur, même avant que la partie supérieure soit épuisée.

 

(1) A.E.A. Mines - Rég. Hol., B.I.A.L.I949.

 

(p.6) Ce n'est qu'en 1865 que se terminèrent tous ces différents travaux d'aménagement, plus une bure d'aérage de la profondeur de 56 mètres et une grande galerie d'écoulement devant évacuer vers la Wiltz les eaux du fond de la mine. Les travaux terminés, la production augmenta: 183.000 kg et le salaire de l'ouvrier porté à 1,80 F..

Le minerai extrait consistait en plomb sulfuré nu galène dont on retirait la plus grande partie du plomb de commerce et qui, sous le nom d’ alquifoux, était employé par les potiers pour faire le vernie des poteries grossières (1).

Mais cette situation fut de courte durée: manque de minerai et invasion des eaux dans les couches inférieures à la galerie d'écoulement. Le déficit ne faisait qu'augmenter d'année en année. Cette situation incita la Société à vendre ses droits à la maison d'Arenberg en 1876, soit une étendue de 1180 ha .

La maison d'Arenberg donna bientôt une nouvelle impulsion à l'entreprise. Les travaux reprirent et n'allaient cesser de se développer jusqu'en 1882. En août 1879, Monsieur Fr. Reusser, directeur des Mines, obtint l'autorisa­tion d'établir une machine à vapeur de 10 chevaux et une seconde en 1881; l'une pour l'épuisement des eaux et l'autre pour amener le minerai à la surface.

Six galeries s'allongeaient vers le "Thiers de la mine", six autres vers Allerborn. Le puits principal descendait à 195 mètres et côtoyait sept étages. Les ouvriers se partageaient les trois tournées dans le fond: de 6 h. à 14 h., de 14 h. à 22 h. et de 22 h. à 6 h.(2)

Un nouveau village s'était créé tout naturellement qui fut baptisé "LA MINE". Occupé par les ouvriers et leur famille, il comprenait même quelques ateliers (forgerons-charpentiers). En 1853, on comptait 91 personnes qui occupaient le petit bourg. Plus tard, le hameau fut même doté d'une école qui accueil­lait 22 élèves (enseignement français et allemand).

Ce fut la meilleure période pour la Société qui trouva une nouvelle source de prospérité dans les perfectionnements apportés dans ses procédés de lavage, lui permettant de retirer de ses minerais, un alquifoux en poudre, presqu'aussi pur que l'alquifoux en roche.

L’alquifoux servant à vernir les poteries grossières était dirigé vers Charleroi et Anvers. (Avant sa découverte à Longvilly, les fabriques de poteries de la Belgique devaient le faire venir en majeure partie de la Prusse, mais il était de loin inférieur en qualité)

L'alquifoux en poudre se vendait de 19 à 20 frs les 100 kg suivant la classe, et 1'alquifoux en roche, 23 è 24 frs les 100 kg. Le minerai placé dans des sacs de 50 kg était transporté par attelage. Plus tard, avec l'installation du chemin de fer Bastogne-Gouvy, il fut dirigé vers la gare de Bourcy. Monsieur J. Schummer de Longvilly assura nous dit Monsieur Dechambre, le transport durant de nombreuses années.

 

(1) A.E.A., Mines Rég.Hol.- B.I.A.L. 1949

(2) Mr Dechambre- Longvilly.

 

(p.7) Chacun sait que les minerais tels qu'ils sont extraits du sein de la terre, ne peuvent être employés par les industries de transformation. Ils contiennent une quantité plus ou moins importante d'éléments stériles dont le transport serait inutilement onéreux.

C'est pourquoi le minerai tout venant doit subir une préparation qui a pour objet d'enlever le plus possible de matières inutiles.

La première opération insistait donc en un triage à la main qui avait pour but de rechercher dans la masse extraite les roches facilement iden­tifiables, c'est-à-dire celles où l'on pouvait déterminer aisément la présence du minerai. C'est une méthode très ancienne (1)

Le minerai exploité à l'époque était un sulfure de plomb très pur (0,87 %). Les résidus s'exportaient en Prusse où ils étaient fondus avec des mine­rais plus réfractaires pour en retirer le plomb métallique.

Le lavage ne permet pas toujours une séparation économique lorsqu'un minerai mixte contient plusieurs métaux. La Société prit donc un essor plus considérable après la mise au point de ses procédés de lavage.

Les chiffres de production ne cessèrent d'augmenter:

 

11.000 kg en 1878

1.124.000 kg en 1881

70.000 kg en 1879

2.556.000 kg en 1882.

696.000 kg en 1880

 

 

 

L'année 1882 semble être l'apogée de la production minière. La Mine occupait à ce moment 300 ouvriers payés à raison de 2 frs et 2 frs 50 par jour. Ceux-ci exploitèrent 2.000.000 kg de minerai contenant 81% de plomb et 3 grammes d'argent par 100 kg. En outre, 2.000.000 kg de blende et de pyrite furent extraits.(2)

(pyrite: combinaison de soufre et de métal-blende: sulfure naturel de zinc)

 

Cependant, pour diverses raisons, la production commença à décliner et en 1887, les 140 ouvriers encore employés furent réduits au chômage. Il restait quelques ouvriers qui s'occupaient surtout de la recherche de filons, mais ces recherches n'amenèrent aucune découverte productive importante, à part quelques poches que l'on remis en exploitation une fois de plus, mais au ralenti.

La production de 1897 ne dépassa pas 30.000 kg, malgré la profondeur des galeries, et le déficit ne cessa d'augmenter d'année en année par suite de l'épuisement des filons.

Aussi, vers 1901, l'eau s'infiltrant dans les galeries, de grands travaux devaient être entrepris.Les moyens financiers faisant défaut, l'exploitation ferma définitivement ses portes.

Pourtant, Monsieur Dechambre nous signale que Monsieur Beaulieu, un ingénieur natif de Longvilly, effectua juste avant la guerre 1940/45 de nombreuses recherches dans la région et ce, jusque Longvilly et Michamps, mais rien ne fut découvert de tangible.

Le petit village de La Mine a aujourd'hui complètement disparu. Ces trois ou quatre dernières habitations furent détruites dans les premiers jours de l'offensive Von Rundstedt. Il ne reste qu’un pan de mur face au poste de douane, pauvre vestige d'une industrie aujourd'hui oubliée.

 

Actuellement, l'ancien terrain de La Mine est propriété d'un particulier, des épicéas y croissent par endroit tandis que les vieux puits regorgent d'eau qui sert à alimenter le Grand-Duché de Luxembourg.

 

(1) P.Vandermaelen: géologie, essais géognostiques.

(2) Bul.I.A.L. 1949.

07:24 Écrit par justitia & veritas dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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