09/04/2009

3.2.2 Lès travaus / les travaux: secteur secondaire: tanerèye d' Oritine / tannerie d'Horritine; fabrike di ciradje / fabrique de cirage

3.2.2 Secteur secondaire

 

HORRITINE (" La Tannerie") (Oritine / à l’ Tanerîe)

(Octave, 1973, 8 & sv.)

 

Lieu-dit d'une ancienne tannerie aujourd'hui disparue.

 

Nous donnons ici une courte synthèse de ce travail artisanal, afin d'en rappeler le souvenir.

Le tannage est une industrie qui remonte loin dans l'histoire. Il semble que la peau ait été utilisée sur une large échelle, même dans la préhistoire. En effet, à la suite d'observations plus ou moins réflé­chies, on avait constaté l'action conservatrice et tannante des sucs de végétaux, action qui se dévoilait au sein des forêts, aux endroits où les arbres abattus macéraient dans les mares d'eau.

A cette époque, le tannage ne pouvait être considéré comme constituant une industrie à proprement parler, il y avait tout au plus, dans chaque tribu un spécialiste du travail des peaux en vue de la confection des vêtements, des chaussures, d'équipements guerriers, ou encore pour les différents usages domestiques.

Après une longue série d'étapes et lorsque naquirent les agglomérations, l'humble spécialiste devint artisan.

Le travail du cuir occupera plus tard une place prépondérante dans les diverses activités, mais la nature malodorante des matières premières et les nécessités du travail obligeront son exécutant à se fixer à l'écart des habitations, de préférence le long d'un cours d'eau, l'eau étant in­dispensable à ce métier. A cette époque l'installation était modeste et rudimentaire, le maître y travaillait avec sa famille et quelques ouvriers.

D'artisanale, l'activité devint vraisemblablement industrielle dès que les produits chimiques vinrent remplacer les produits naturels et que furent utilisés les colorants artificiels.

L'outillage se mécanisa. On assista dès lors, à une disparition lente mais progressive de ces petites industries et de ces ouvriers de tanne­rie qui avaient été capables, avec les moyens de l'époque, de travailler la peau depuis la matière brute jusqu'au produit fini.

Les peaux, dépouillées ou peaux brutes étant très putrescibles, il était donc indispensable de ménager leur conservation pendant le temps, varia­ble et parfois assez long, qui s'écoulait entre le prélèvement de la peau sur la bête et sa mise en oeuvre en tannerie. Il y avait deux modes de conservation: le séchage et le salage. Le séchage était un procédé économique mais qui devait être conduit avec soin. On estime qu'après ce traitement le poids d'une peau se trouvait ré­duit de 60 à 70 %.

Le salage était le procédé employé le plus couramment; lui aussi réduisait le poids de la peau, réduction provoquée par déshydratation, mais dans une proportion moindre (20%).

Les cuirs bruts étaient empilés, côté poils en dessous, le côté, chair de chacun d'eux étant recouvert d'une couche de sel gemme ou marin.

 

(p.9) Nous devons les renseignements qui suivent à la famille Lambert, d'Horritine, "La Tannerie" comme on l'appelle encore dans la région, vu que la famille Lambert y était installée depuis plusieurs générations. Cette tannerie, que l'on pouvait considérer comme déjà importante, compte tenu de la région dans laquelle elle était située, était connue pour la qualité de ses cuirs.

Elle existait depuis 1810; elle fut détruite en 1848 par un incendie, mais rapidement reconstruite. Elle occupait en permanence 8 à 10 ouvriers. Ces nombres étaient portés de 20 à 30 ouvriers de la région, quand en hiver les travaux des champs étaient terminés.

Elle possédait 80 fosses ou cuves et subsista jusqu'après la guerre de 1914-1918. Elle ferma ses portes vers les années 1921/22, mais durant la dernière guerre, on pouvait encore s'y procurer les tout derniers cuirs.

On utilisait donc des peaux indigènes quand celles-ci s'avéraient être de bonne qualité, c'est-à-dire non trouées par le varron (en wallon"waraba"). Quel est cet ennemi, le varron? C'est la larve d'une mouche appelée "hypoderme du boeuf".

 

Cette larve minuscule est entraînée dans le corps de la bête par la langue de celle-ci, lorsqu'elle se lèche; elle y subit dif­férentes transformations et, au printemps, elle finit par se loger sous la peau. Là, elle grandit jusqu'à atteindre une longueur de 25mm environ. Elle perce alors un trou dans la peau pour sortir à l'air libre en vue de sa métamorphose en mouche.

La peau de la bête étant gravement endommagée par les trous de sortie, ces peaux "waramées" ne pouvaient dès lors convenir aux tanneries. De même les blessures, les déchirures ou le mauvais entretien des bêtes dépré­ciaient la qualité des cuirs.

Vu la mauvaise qualité de la production indigène, la plus grande partie des peaux brutes était  donc achetée à l'étranger. La famille Lambert achetait particulièrement ses peaux en Amérique. Elles arrivaient à Anvers et leur transport s'effectuait par chariots. Les chariots furent remplacés par le chemin de fer dès la construction de celui-ci.

A leur arrivée, les peaux subissaient diverses opérations, disons de préparation au tannage proprement dit; opération de trempe, d'épilage et enfin décharnage.

L'opération de trempe, ou trempage, ou reverdissage, consistait à immerger les peaux durant 4 a 5 jours, soit dans l'eau courante, soit dans des bassins conçus à cet usage et dont l'eau était renouvellée afin d'éviter la putréfaction. Cette immersion permettait d'enlever à la peau les ma­tières solubles. Ceci explique la nécessité d'installer la tannerie à proximité d'un cours d'eau.

 

Les peaux, après leur sortie des bassins, étaient alors placées dans un "échauffoir" à température constante de 30° durant 15 jours à 3 semaines. Notons, gaiement, qu'avant le chauffage artificiel, la putréfaction dans les chauffoirs entraînait d'elle-même une forte élévation de température. La tannerie Lambert possédait vers 1859 une machine à vapeur de cinq che­vaux destinée à l'opération précitée.

La kératine des poils et des couches supérieures de l'épidémie résistait à l'action microbienne; par contre, les cellules vivantes des couches pro­fondes non cornées Etaient désagrégées et dissoutes. Ainsi, tout l'épiderme disparaissait, la partie cutanée par dissolution, la partie externe par dislocation.

 

(p.10) L'épilage et l'écharnage qui lui succédait consistait à enlever les poils et résidus du côté fleur (poils) et les tissus sous-cutanés musculaires du côté chair.

L'écharneur, ouvrier très adroit, se servait d'un outil émoussé, c'est-à-dire non tranchant: outil à deux poignées muni d'une lame épaisse, un peu incurvée et d'une quarantaine de cm de long. Ce travail s'effectuait sur un chevalet semi-cylindrique. L'ouvrier étendait la peau bien à plat en la déplaçant au fur et à mesure de son travail, de façon à ce que toutes les parties de la peau se placent sur le cylindre. Il travaillait donc toute la surface en poussant son outil de haut en bas.

Au contraire, du côté chair, il utilisait un outil tranchant bien affilé.

Les peaux entières étaient ensuite placées dans des bassements, cuves en bois ou fosses d'environ 3 mètres de profondeur, 2 m. de longueur et 2 m de largeur.

Le cuir frais y était plongé dans des solutions d'abord très peu concentrées (beaucoup d'eau et peu de tannin) pour arriver, pro­gressivement à des concentrations de plus en plus fortes. Il y avait dix bassements successifs avec un séjour de 1 à 3 jours par bassement. Après ces manipulations, on plaçait dans une cuve, alternativement une couche de cuir et une couche d'écorces et ce jusqu'à ce que la cuve soit remplie. Une cuve pouvait ainsi contenir 50 cuirs. On plaçait des planches pour maintenir les cuirs; les planches étaient chargées de pierres.

Le cuir séjournait d'abord un an en cuve, puis il était 'recouché" avec des nouvelles écorces et y restait deux ans. Il fallait donc, terme moyen, un cours d'opération de tannage qui durait deux ans et même trois ans, les cuirs n'en étant alors que meilleurs. C'est dire qu'un tel procédé de travail ne pourrait plus être envisagé aujourd'hui.

Chaque tanneur avait, paraît-il, son mode de fabrication person­nel qui se différenciait de celui des autres par la durée du tannage. Il y avait le tannage rapide, le moyen, le lent et l'extra lent. La durée différait selon la sorte de cuir à obtenir.

L'opération du tannage présentait donc une importance primordiale pour obtenir des cuirs aux qualités requises, c'est-à-dire de fermeté, de résistance, d'imperméabilité.

Un jeu de mots, bien connu par les vieux tanneurs, peut-être utilement rappelé ici: " Pour faire un bon cuir, il faut du tan et du temps".

Le " temps" nous en avons parlé ci-avant.

Le " tan" est l'écorce du chêne hachée, broyée, puis moulue et qui constituait, jadis, la seule matière tannante utilisée.

(p.11-12) Les meilleures écorces étaient celles de taillis de chênes de 15 à 20 ans, à écorces lisses et non gercées et celles des taillis croissant aux expositions les plus chaudes: c'était les plus ri­ches en tan. Au delà de 25 ans, la teneur en tannin diminuait. La tannerie Lambert achetait ses écorces au Grand Duché de Luxembourg où les taillis étaient mis en exploitation tous les 15 ans.

 

Il nous paraît utile de donner succinctement quelques détails sur le travail de l'écorçage, activité aujourd'hui disparue des Ardennes en même temps que nos anciennes tanneries.

Voici le procédé de l'écorçage. Réalisé de préférence au printemps ( à cette époque, la montée de la sève produit une surtension de l'écorce particulièrement favorable) l'ouvrier écorceur, par une entaille d'abattage, dégageait le pied du chêneau; ensuite sur un côté du tronc, il incisait à la hache, l'écorce jusqu'à une hauteur de 2 m 50 environ. C'est dans cette rainure qu'il introduisait son " peloir" nommé "pèleû", de façon à détacher du tronc toute l'écorce cylindrique sur une longueur d'à peu près 2 m50. Il abattait ensuite l'arbre et continuait l'écorçage de la partie supérieure (suivant L. Hector)

Les écorces étaient réunies en fagots d'un poids de 25 kg, nommés " botes di chwaces", pour être conduites au moulin à écorces de la tannerie.

Le bois écorcé (bois pelard) s'appelait « clèpère » ou « pèlwê » et constituait un excellent bois de chauffage.

La parcelle exploitée n'avait pas besoin d'être replantée; les souches des chêneaux donnaient des rejets (djitons) qui étaient écorces 15,20 ou 25 ans plus tard.

Dès leur arrivée à la tannerie, les écorces étaient broyées méca­niquement ou à la main, puis réduites entre des meules, afin d'obte­nir une poudre grossière nommée le "tan". Cette opération était con­duite de façon à obtenir des solutions de concentration bien déter­minées, variables suivant les phases du tannage dont nous avons parlé.

Par suite des ravages causés dans les forêts de chênes, le tanin devint rare; de plus, le tannage restait, comme nous l'avons vu, une opération de longue durée, ce furent les causes de la fin de cette industrie.

E. Lenoir (1) originaire du Sud-Luxembourg ouvrit la voie au tannage chimique par ses différents essais de tannage. Il construisit, notam­ment un four dans lequel il déposait les peaux et y faisait passer un courant d'ozone; au bout de trois heures pour certaines peaux, de trois jours cour d'autres, il obtenait un cuir utilisable. Ce fut le point de départ du tannage chimique. Il publia une brochure sur ses recherches; dès lors, le tannage des cuirs passionna les chercheurs.

Le tannage au chrome date de 1885.

 

(1) Etienne Lenoir est né à Mussy la Ville près de Virton en 1822. Il est décédé en France en 1900.Ce Luxembourgeois presque ignoré fit bien d'autres découvertes ( L.Lefèvre, A.I.A.L.1948.)

 

(p.13) Vers 1840, on comptait environ 94 tanneries pour la province de Luxembourg.

En province de Liège, les tanneries de Stavelot et Malmédy étaient les plus importantes.

A La Roche: 10 tanneries dont H. Orban de Xivry. A Bastogne: 8 tanneries: Brunotte, Faber, Servais, Lambert, Croisy, Gérard, Nivarlet, Jacquemin. A Houffalize: 3 tanneries: Poncin, Lemaire,  Dubru. A Noville: P. Jacquemin. A Wiltz: 19 tanneries. Cette bourgade possédait également une fabrique de colle forte, qui était une activité annexe à celle de la tannerie. A Clervaux: 9 tanneries.

Echternach possédait une fabrique de cuirs laqués et maroquinés. Elle utilisait les peaux de moutons du pays et de chè­vres, des Ardennes et de Suisse.

HORRITINE, autrefois, siège d'une importante tannerie est aujourd'hui le centre provincial d'information agricole (dirigé jusque récemment par le professeur Jean Lambert (UCL)).

FABRIQUE DE CIRAGE

In : Pieltain Yannick, Mémoires d’anciens ou Bourcy vu et conté par les anciens, s.d.

(p.20) Anciennement, aux alentours de la guerre 14-18, existait à Bourcy une fabrique de cirage. Cette fabrique était alors tenue par le frère de Jules MAQUET. Située au début à la place de l'actuelle maison de Roger SULBOUT, elle fut transférée par la suite à la place du café DOMINIQUE. On amenait là les matières premières pour créer le cirage de marque « VishWALL » Monsieur Maurice MAQUET de BOURCY habitant   actuellement à Burnontige-Ferrière nous écrit et donne un complément d'information...

Je suis le petit fils d'Alphonse MAQUET, le frère de Jules et fabricant de cirage. Cette exploitation a pris fin un peu avant la guerre de 1940. Il fabriquait du cirage dont la marque n'était pas VISHWALL, mais bien VELVET et BURY (donc deux marques différentes).

 

 

07:15 Écrit par justitia & veritas dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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