09/04/2009

3.2.1 Lès travaus / les travaux: secteur primaire: mine di plomb à Longv'li / mine de plomb à Longvilly,

LA MINE  (Octave, 1973, 5 & sv.)

 

Cette ancienne localité mérite certainement une étude plus détaillée.

(p.5) C'est en 1820, qu'un habitant de Allerborn, premier bourg rural luxembour­geois, a quelque 2 km de Longvilly, au lieu-dit « Tchifontin.ne » ("Chiffontaine") découvrit par hasard en irriguant ses terres, quelques blocs de plomb, dont l'un pesait 700 kilos.

L'un des premiers à être intéressé par cette découverte, fut Monsieur A. Siville, notaire à Bastogne, mais il fut concurrencé dans la course à la concession par une Société de Vedrin.

Après des discussions qui durèrent 2 ans, un pacte fut conclu le 7/9/1622 entre les deux parties. Mais ce n'est que 4 ans plus tard que la mine fut concédée à la "Société de Longvilly», par l'Arrêté du 26 août 1826, dont voici les deux premiers articles concernant l'étendue de la concession. (1)

 

Art.I : Il est accordé à la Société de Longvilly représentée par les Sieurs de Dommartin, de Berg, Baron d'Anethan de la Trapperie et A.Siville de Bastogne, concession des Mines de plomb situées dans les com­munes de Oberwampach, Niderwampach, Longvilly, Winseler, Harzy, et ce, sous une étendue de 3213 bonniers et 58 perches.

 

Art.2 : Cette concession est limitée au Nord, à partir du clocher de l'église d'Arloncourt par une ligne droite se dirigeant sur celui de 1'église de Moinet.

A l'Est, du clocher de Moinet sur celui d'Allerborn; de là, prenant le chemin d'Allerborn à Derenbach jusqu'au carrefour formé par le chemin d'Oberwampach à Bruchtenbach, puis continuant le même chemin d'Allerborn à travers le bois de Zatalle jusqu'à Grumelscheid. Au Midi, par le chemin de Grumelscheid à Harzy jusqu'à sa rencontre avec celui de Bras à Niederwampach et au couchant par une ligne droite tirée de ce point de rencontre sur le clocher d'Arloncourt, point de départ.

 

Ainsi, une nouvelle industrie était née, et cette exploitation était la seule, non seulement de la province de Luxembourg mais encore de la Belgique.

En 1827, les travaux d'exploitation commencèrent d'abord avec une ving­taine d'ouvriers sur une profondeur de 20 mètres.

 

En 1839, le tracé de la frontière entre Longvilly et Oberwampach coupa en deux la concession et le travail n'allait reprendre que sur le territoire belge.

Le nombre d'ouvriers augmentait sensiblement d'année en année, des travaux importants y furent effectués: des galeries d'écoulement, l'enfoncement d'un puit de reconnaissance d'une profondeur de 12 à 13 mètres en dessous du canal d'écoulement et au fond duquel le gîte présentait une épaisseur de 12 cm de galène pure.On y installa une machine d'épuisement d'une force suffisante pour porter les travaux à une plus grande profondeur, même avant que la partie supérieure soit épuisée.

 

(1) A.E.A. Mines - Rég. Hol., B.I.A.L.I949.

 

(p.6) Ce n'est qu'en 1865 que se terminèrent tous ces différents travaux d'aménagement, plus une bure d'aérage de la profondeur de 56 mètres et une grande galerie d'écoulement devant évacuer vers la Wiltz les eaux du fond de la mine. Les travaux terminés, la production augmenta: 183.000 kg et le salaire de l'ouvrier porté à 1,80 F..

Le minerai extrait consistait en plomb sulfuré nu galène dont on retirait la plus grande partie du plomb de commerce et qui, sous le nom d’ alquifoux, était employé par les potiers pour faire le vernie des poteries grossières (1).

Mais cette situation fut de courte durée: manque de minerai et invasion des eaux dans les couches inférieures à la galerie d'écoulement. Le déficit ne faisait qu'augmenter d'année en année. Cette situation incita la Société à vendre ses droits à la maison d'Arenberg en 1876, soit une étendue de 1180 ha .

La maison d'Arenberg donna bientôt une nouvelle impulsion à l'entreprise. Les travaux reprirent et n'allaient cesser de se développer jusqu'en 1882. En août 1879, Monsieur Fr. Reusser, directeur des Mines, obtint l'autorisa­tion d'établir une machine à vapeur de 10 chevaux et une seconde en 1881; l'une pour l'épuisement des eaux et l'autre pour amener le minerai à la surface.

Six galeries s'allongeaient vers le "Thiers de la mine", six autres vers Allerborn. Le puits principal descendait à 195 mètres et côtoyait sept étages. Les ouvriers se partageaient les trois tournées dans le fond: de 6 h. à 14 h., de 14 h. à 22 h. et de 22 h. à 6 h.(2)

Un nouveau village s'était créé tout naturellement qui fut baptisé "LA MINE". Occupé par les ouvriers et leur famille, il comprenait même quelques ateliers (forgerons-charpentiers). En 1853, on comptait 91 personnes qui occupaient le petit bourg. Plus tard, le hameau fut même doté d'une école qui accueil­lait 22 élèves (enseignement français et allemand).

Ce fut la meilleure période pour la Société qui trouva une nouvelle source de prospérité dans les perfectionnements apportés dans ses procédés de lavage, lui permettant de retirer de ses minerais, un alquifoux en poudre, presqu'aussi pur que l'alquifoux en roche.

L’alquifoux servant à vernir les poteries grossières était dirigé vers Charleroi et Anvers. (Avant sa découverte à Longvilly, les fabriques de poteries de la Belgique devaient le faire venir en majeure partie de la Prusse, mais il était de loin inférieur en qualité)

L'alquifoux en poudre se vendait de 19 à 20 frs les 100 kg suivant la classe, et 1'alquifoux en roche, 23 è 24 frs les 100 kg. Le minerai placé dans des sacs de 50 kg était transporté par attelage. Plus tard, avec l'installation du chemin de fer Bastogne-Gouvy, il fut dirigé vers la gare de Bourcy. Monsieur J. Schummer de Longvilly assura nous dit Monsieur Dechambre, le transport durant de nombreuses années.

 

(1) A.E.A., Mines Rég.Hol.- B.I.A.L. 1949

(2) Mr Dechambre- Longvilly.

 

(p.7) Chacun sait que les minerais tels qu'ils sont extraits du sein de la terre, ne peuvent être employés par les industries de transformation. Ils contiennent une quantité plus ou moins importante d'éléments stériles dont le transport serait inutilement onéreux.

C'est pourquoi le minerai tout venant doit subir une préparation qui a pour objet d'enlever le plus possible de matières inutiles.

La première opération insistait donc en un triage à la main qui avait pour but de rechercher dans la masse extraite les roches facilement iden­tifiables, c'est-à-dire celles où l'on pouvait déterminer aisément la présence du minerai. C'est une méthode très ancienne (1)

Le minerai exploité à l'époque était un sulfure de plomb très pur (0,87 %). Les résidus s'exportaient en Prusse où ils étaient fondus avec des mine­rais plus réfractaires pour en retirer le plomb métallique.

Le lavage ne permet pas toujours une séparation économique lorsqu'un minerai mixte contient plusieurs métaux. La Société prit donc un essor plus considérable après la mise au point de ses procédés de lavage.

Les chiffres de production ne cessèrent d'augmenter:

 

11.000 kg en 1878

1.124.000 kg en 1881

70.000 kg en 1879

2.556.000 kg en 1882.

696.000 kg en 1880

 

 

 

L'année 1882 semble être l'apogée de la production minière. La Mine occupait à ce moment 300 ouvriers payés à raison de 2 frs et 2 frs 50 par jour. Ceux-ci exploitèrent 2.000.000 kg de minerai contenant 81% de plomb et 3 grammes d'argent par 100 kg. En outre, 2.000.000 kg de blende et de pyrite furent extraits.(2)

(pyrite: combinaison de soufre et de métal-blende: sulfure naturel de zinc)

 

Cependant, pour diverses raisons, la production commença à décliner et en 1887, les 140 ouvriers encore employés furent réduits au chômage. Il restait quelques ouvriers qui s'occupaient surtout de la recherche de filons, mais ces recherches n'amenèrent aucune découverte productive importante, à part quelques poches que l'on remis en exploitation une fois de plus, mais au ralenti.

La production de 1897 ne dépassa pas 30.000 kg, malgré la profondeur des galeries, et le déficit ne cessa d'augmenter d'année en année par suite de l'épuisement des filons.

Aussi, vers 1901, l'eau s'infiltrant dans les galeries, de grands travaux devaient être entrepris.Les moyens financiers faisant défaut, l'exploitation ferma définitivement ses portes.

Pourtant, Monsieur Dechambre nous signale que Monsieur Beaulieu, un ingénieur natif de Longvilly, effectua juste avant la guerre 1940/45 de nombreuses recherches dans la région et ce, jusque Longvilly et Michamps, mais rien ne fut découvert de tangible.

Le petit village de La Mine a aujourd'hui complètement disparu. Ces trois ou quatre dernières habitations furent détruites dans les premiers jours de l'offensive Von Rundstedt. Il ne reste qu’un pan de mur face au poste de douane, pauvre vestige d'une industrie aujourd'hui oubliée.

 

Actuellement, l'ancien terrain de La Mine est propriété d'un particulier, des épicéas y croissent par endroit tandis que les vieux puits regorgent d'eau qui sert à alimenter le Grand-Duché de Luxembourg.

 

(1) P.Vandermaelen: géologie, essais géognostiques.

(2) Bul.I.A.L. 1949.

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3.2.1 Lès travaus / les travaux: secteur primaire: extraction de plomb

2àl'Mine

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3.2.2 Lès travaus / les travaux: secteur secondaire: tanerèye d' Oritine / tannerie d'Horritine; fabrike di ciradje / fabrique de cirage

3.2.2 Secteur secondaire

 

HORRITINE (" La Tannerie") (Oritine / à l’ Tanerîe)

(Octave, 1973, 8 & sv.)

 

Lieu-dit d'une ancienne tannerie aujourd'hui disparue.

 

Nous donnons ici une courte synthèse de ce travail artisanal, afin d'en rappeler le souvenir.

Le tannage est une industrie qui remonte loin dans l'histoire. Il semble que la peau ait été utilisée sur une large échelle, même dans la préhistoire. En effet, à la suite d'observations plus ou moins réflé­chies, on avait constaté l'action conservatrice et tannante des sucs de végétaux, action qui se dévoilait au sein des forêts, aux endroits où les arbres abattus macéraient dans les mares d'eau.

A cette époque, le tannage ne pouvait être considéré comme constituant une industrie à proprement parler, il y avait tout au plus, dans chaque tribu un spécialiste du travail des peaux en vue de la confection des vêtements, des chaussures, d'équipements guerriers, ou encore pour les différents usages domestiques.

Après une longue série d'étapes et lorsque naquirent les agglomérations, l'humble spécialiste devint artisan.

Le travail du cuir occupera plus tard une place prépondérante dans les diverses activités, mais la nature malodorante des matières premières et les nécessités du travail obligeront son exécutant à se fixer à l'écart des habitations, de préférence le long d'un cours d'eau, l'eau étant in­dispensable à ce métier. A cette époque l'installation était modeste et rudimentaire, le maître y travaillait avec sa famille et quelques ouvriers.

D'artisanale, l'activité devint vraisemblablement industrielle dès que les produits chimiques vinrent remplacer les produits naturels et que furent utilisés les colorants artificiels.

L'outillage se mécanisa. On assista dès lors, à une disparition lente mais progressive de ces petites industries et de ces ouvriers de tanne­rie qui avaient été capables, avec les moyens de l'époque, de travailler la peau depuis la matière brute jusqu'au produit fini.

Les peaux, dépouillées ou peaux brutes étant très putrescibles, il était donc indispensable de ménager leur conservation pendant le temps, varia­ble et parfois assez long, qui s'écoulait entre le prélèvement de la peau sur la bête et sa mise en oeuvre en tannerie. Il y avait deux modes de conservation: le séchage et le salage. Le séchage était un procédé économique mais qui devait être conduit avec soin. On estime qu'après ce traitement le poids d'une peau se trouvait ré­duit de 60 à 70 %.

Le salage était le procédé employé le plus couramment; lui aussi réduisait le poids de la peau, réduction provoquée par déshydratation, mais dans une proportion moindre (20%).

Les cuirs bruts étaient empilés, côté poils en dessous, le côté, chair de chacun d'eux étant recouvert d'une couche de sel gemme ou marin.

 

(p.9) Nous devons les renseignements qui suivent à la famille Lambert, d'Horritine, "La Tannerie" comme on l'appelle encore dans la région, vu que la famille Lambert y était installée depuis plusieurs générations. Cette tannerie, que l'on pouvait considérer comme déjà importante, compte tenu de la région dans laquelle elle était située, était connue pour la qualité de ses cuirs.

Elle existait depuis 1810; elle fut détruite en 1848 par un incendie, mais rapidement reconstruite. Elle occupait en permanence 8 à 10 ouvriers. Ces nombres étaient portés de 20 à 30 ouvriers de la région, quand en hiver les travaux des champs étaient terminés.

Elle possédait 80 fosses ou cuves et subsista jusqu'après la guerre de 1914-1918. Elle ferma ses portes vers les années 1921/22, mais durant la dernière guerre, on pouvait encore s'y procurer les tout derniers cuirs.

On utilisait donc des peaux indigènes quand celles-ci s'avéraient être de bonne qualité, c'est-à-dire non trouées par le varron (en wallon"waraba"). Quel est cet ennemi, le varron? C'est la larve d'une mouche appelée "hypoderme du boeuf".

 

Cette larve minuscule est entraînée dans le corps de la bête par la langue de celle-ci, lorsqu'elle se lèche; elle y subit dif­férentes transformations et, au printemps, elle finit par se loger sous la peau. Là, elle grandit jusqu'à atteindre une longueur de 25mm environ. Elle perce alors un trou dans la peau pour sortir à l'air libre en vue de sa métamorphose en mouche.

La peau de la bête étant gravement endommagée par les trous de sortie, ces peaux "waramées" ne pouvaient dès lors convenir aux tanneries. De même les blessures, les déchirures ou le mauvais entretien des bêtes dépré­ciaient la qualité des cuirs.

Vu la mauvaise qualité de la production indigène, la plus grande partie des peaux brutes était  donc achetée à l'étranger. La famille Lambert achetait particulièrement ses peaux en Amérique. Elles arrivaient à Anvers et leur transport s'effectuait par chariots. Les chariots furent remplacés par le chemin de fer dès la construction de celui-ci.

A leur arrivée, les peaux subissaient diverses opérations, disons de préparation au tannage proprement dit; opération de trempe, d'épilage et enfin décharnage.

L'opération de trempe, ou trempage, ou reverdissage, consistait à immerger les peaux durant 4 a 5 jours, soit dans l'eau courante, soit dans des bassins conçus à cet usage et dont l'eau était renouvellée afin d'éviter la putréfaction. Cette immersion permettait d'enlever à la peau les ma­tières solubles. Ceci explique la nécessité d'installer la tannerie à proximité d'un cours d'eau.

 

Les peaux, après leur sortie des bassins, étaient alors placées dans un "échauffoir" à température constante de 30° durant 15 jours à 3 semaines. Notons, gaiement, qu'avant le chauffage artificiel, la putréfaction dans les chauffoirs entraînait d'elle-même une forte élévation de température. La tannerie Lambert possédait vers 1859 une machine à vapeur de cinq che­vaux destinée à l'opération précitée.

La kératine des poils et des couches supérieures de l'épidémie résistait à l'action microbienne; par contre, les cellules vivantes des couches pro­fondes non cornées Etaient désagrégées et dissoutes. Ainsi, tout l'épiderme disparaissait, la partie cutanée par dissolution, la partie externe par dislocation.

 

(p.10) L'épilage et l'écharnage qui lui succédait consistait à enlever les poils et résidus du côté fleur (poils) et les tissus sous-cutanés musculaires du côté chair.

L'écharneur, ouvrier très adroit, se servait d'un outil émoussé, c'est-à-dire non tranchant: outil à deux poignées muni d'une lame épaisse, un peu incurvée et d'une quarantaine de cm de long. Ce travail s'effectuait sur un chevalet semi-cylindrique. L'ouvrier étendait la peau bien à plat en la déplaçant au fur et à mesure de son travail, de façon à ce que toutes les parties de la peau se placent sur le cylindre. Il travaillait donc toute la surface en poussant son outil de haut en bas.

Au contraire, du côté chair, il utilisait un outil tranchant bien affilé.

Les peaux entières étaient ensuite placées dans des bassements, cuves en bois ou fosses d'environ 3 mètres de profondeur, 2 m. de longueur et 2 m de largeur.

Le cuir frais y était plongé dans des solutions d'abord très peu concentrées (beaucoup d'eau et peu de tannin) pour arriver, pro­gressivement à des concentrations de plus en plus fortes. Il y avait dix bassements successifs avec un séjour de 1 à 3 jours par bassement. Après ces manipulations, on plaçait dans une cuve, alternativement une couche de cuir et une couche d'écorces et ce jusqu'à ce que la cuve soit remplie. Une cuve pouvait ainsi contenir 50 cuirs. On plaçait des planches pour maintenir les cuirs; les planches étaient chargées de pierres.

Le cuir séjournait d'abord un an en cuve, puis il était 'recouché" avec des nouvelles écorces et y restait deux ans. Il fallait donc, terme moyen, un cours d'opération de tannage qui durait deux ans et même trois ans, les cuirs n'en étant alors que meilleurs. C'est dire qu'un tel procédé de travail ne pourrait plus être envisagé aujourd'hui.

Chaque tanneur avait, paraît-il, son mode de fabrication person­nel qui se différenciait de celui des autres par la durée du tannage. Il y avait le tannage rapide, le moyen, le lent et l'extra lent. La durée différait selon la sorte de cuir à obtenir.

L'opération du tannage présentait donc une importance primordiale pour obtenir des cuirs aux qualités requises, c'est-à-dire de fermeté, de résistance, d'imperméabilité.

Un jeu de mots, bien connu par les vieux tanneurs, peut-être utilement rappelé ici: " Pour faire un bon cuir, il faut du tan et du temps".

Le " temps" nous en avons parlé ci-avant.

Le " tan" est l'écorce du chêne hachée, broyée, puis moulue et qui constituait, jadis, la seule matière tannante utilisée.

(p.11-12) Les meilleures écorces étaient celles de taillis de chênes de 15 à 20 ans, à écorces lisses et non gercées et celles des taillis croissant aux expositions les plus chaudes: c'était les plus ri­ches en tan. Au delà de 25 ans, la teneur en tannin diminuait. La tannerie Lambert achetait ses écorces au Grand Duché de Luxembourg où les taillis étaient mis en exploitation tous les 15 ans.

 

Il nous paraît utile de donner succinctement quelques détails sur le travail de l'écorçage, activité aujourd'hui disparue des Ardennes en même temps que nos anciennes tanneries.

Voici le procédé de l'écorçage. Réalisé de préférence au printemps ( à cette époque, la montée de la sève produit une surtension de l'écorce particulièrement favorable) l'ouvrier écorceur, par une entaille d'abattage, dégageait le pied du chêneau; ensuite sur un côté du tronc, il incisait à la hache, l'écorce jusqu'à une hauteur de 2 m 50 environ. C'est dans cette rainure qu'il introduisait son " peloir" nommé "pèleû", de façon à détacher du tronc toute l'écorce cylindrique sur une longueur d'à peu près 2 m50. Il abattait ensuite l'arbre et continuait l'écorçage de la partie supérieure (suivant L. Hector)

Les écorces étaient réunies en fagots d'un poids de 25 kg, nommés " botes di chwaces", pour être conduites au moulin à écorces de la tannerie.

Le bois écorcé (bois pelard) s'appelait « clèpère » ou « pèlwê » et constituait un excellent bois de chauffage.

La parcelle exploitée n'avait pas besoin d'être replantée; les souches des chêneaux donnaient des rejets (djitons) qui étaient écorces 15,20 ou 25 ans plus tard.

Dès leur arrivée à la tannerie, les écorces étaient broyées méca­niquement ou à la main, puis réduites entre des meules, afin d'obte­nir une poudre grossière nommée le "tan". Cette opération était con­duite de façon à obtenir des solutions de concentration bien déter­minées, variables suivant les phases du tannage dont nous avons parlé.

Par suite des ravages causés dans les forêts de chênes, le tanin devint rare; de plus, le tannage restait, comme nous l'avons vu, une opération de longue durée, ce furent les causes de la fin de cette industrie.

E. Lenoir (1) originaire du Sud-Luxembourg ouvrit la voie au tannage chimique par ses différents essais de tannage. Il construisit, notam­ment un four dans lequel il déposait les peaux et y faisait passer un courant d'ozone; au bout de trois heures pour certaines peaux, de trois jours cour d'autres, il obtenait un cuir utilisable. Ce fut le point de départ du tannage chimique. Il publia une brochure sur ses recherches; dès lors, le tannage des cuirs passionna les chercheurs.

Le tannage au chrome date de 1885.

 

(1) Etienne Lenoir est né à Mussy la Ville près de Virton en 1822. Il est décédé en France en 1900.Ce Luxembourgeois presque ignoré fit bien d'autres découvertes ( L.Lefèvre, A.I.A.L.1948.)

 

(p.13) Vers 1840, on comptait environ 94 tanneries pour la province de Luxembourg.

En province de Liège, les tanneries de Stavelot et Malmédy étaient les plus importantes.

A La Roche: 10 tanneries dont H. Orban de Xivry. A Bastogne: 8 tanneries: Brunotte, Faber, Servais, Lambert, Croisy, Gérard, Nivarlet, Jacquemin. A Houffalize: 3 tanneries: Poncin, Lemaire,  Dubru. A Noville: P. Jacquemin. A Wiltz: 19 tanneries. Cette bourgade possédait également une fabrique de colle forte, qui était une activité annexe à celle de la tannerie. A Clervaux: 9 tanneries.

Echternach possédait une fabrique de cuirs laqués et maroquinés. Elle utilisait les peaux de moutons du pays et de chè­vres, des Ardennes et de Suisse.

HORRITINE, autrefois, siège d'une importante tannerie est aujourd'hui le centre provincial d'information agricole (dirigé jusque récemment par le professeur Jean Lambert (UCL)).

FABRIQUE DE CIRAGE

In : Pieltain Yannick, Mémoires d’anciens ou Bourcy vu et conté par les anciens, s.d.

(p.20) Anciennement, aux alentours de la guerre 14-18, existait à Bourcy une fabrique de cirage. Cette fabrique était alors tenue par le frère de Jules MAQUET. Située au début à la place de l'actuelle maison de Roger SULBOUT, elle fut transférée par la suite à la place du café DOMINIQUE. On amenait là les matières premières pour créer le cirage de marque « VishWALL » Monsieur Maurice MAQUET de BOURCY habitant   actuellement à Burnontige-Ferrière nous écrit et donne un complément d'information...

Je suis le petit fils d'Alphonse MAQUET, le frère de Jules et fabricant de cirage. Cette exploitation a pris fin un peu avant la guerre de 1940. Il fabriquait du cirage dont la marque n'était pas VISHWALL, mais bien VELVET et BURY (donc deux marques différentes).

 

 

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3.2.2 Lès travaux / les travaux : li tanèdje / le tannage

02taneû

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3.2.2 Lès travaus / les travaux: secteur secondaire

02BorciètèrprîjeCollin

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3.2.3 Lès travaus / les travaux: secteur tertiaire

3.2.3 Secteur tertiaire

 

SILHOUETTES DISPARUES  (Octave, 1973, 125)

 

le marechal-ferrant

Cravatte,  J.Jacquemin, E.Ries.

Disons avec Verhaeren (La multiple splendeur) :

........Et vous, enfin, batteurs de fer, forgeurs d'airain,

Visages d'encre et d'or trouant l'ombre et la brume,

Dos musculeux tendus ou ramassés, soudain

Autour de grands brasiers et d'énormes enclumes...

 

Plus de chevaux à ferrer, plus de roues à bander, plus de forgerons.

LE RETAMEUR BOXER

D'origine allemande dissit-on, il venait une ou deux fois l'an, pour 2 jours, tout au plus. Il s'installait au milieu du bourg, sous l'oeil in­téressé ou moqueur des gosses, tirait de se vieille roulotte vermoulue, le soufflet que sa "vieille" actionnait, l'oeil vague, assise sur une caisse.

Il réparait les casseroles et les seaux troués ou à l'anse arrachée, tous les humbles ustensiles de ménage à rafistoler pour quelques sous.

LE MARCHAND DE CHIFFONS, de vieilles ferrailles, de peaux de lapins, de peaux de taupes etc.

LE MARCHAND DE ‘SAURÈTS’ du vendredi. Il venait de Bastogne tôt le matin, le panier au bras: il avait sa clientèle régulière et s'en retournait le panier vide de poissons, mais rempli d'oeufs.

 

LE MARCHAND D'ŒUFS

Le plus typique dont on se souvient, fut sans doute le Verviétois " le vieux Emile " qui, régulièrement chaque semaine, un immense panier à chaque bras faisait le tour des fermes. Le vieux chapeau délavé, les lunettes de myope" glissant sur le bout de son nez, avec sa voix de crécelle et son accent vervietois: « Les oeufs baissent », savèz, m’ fîe, « cette semaine »; et il comptait méthodiquement d'un geste empreint de gravité en prélevant les oeufs de la corbeille pour les mettre dans son panier: "trois-six-neuf-une douzaine, "trois-six-neuf- plus trois-deux douzaines, et ainsi de suite. Puis sortant de sa poche un sac de toile, qui se fermait simplement à l'aide d'une ficelle, la monnaie rap­prochée sous le nez, il vous comptait l'argent.

 

Il y avait aussi les MARCHANDS AMBULANTS, les COLPORTEURS,  les  gagne-petits, avec un panier de quelques merceries, lacets, épingles de sûreté, peignes. Puis les plus importants, comme Alphonse Collin-Hens, qui chaque matin quittait le village avec sa voiture et son cheval pour faire ses tournées régulières dans les bourgs environnants. Attert de Bastogne puis Dedoyard de Baconfoy. Celui-ci, parfois accompagné de son fils, ouvrait les deux battants arrière de sa voiture arrêtée au moyeu de la rue, et comme une envolée, les ménagères accourues, regardaient, palpaient, discutaient, et marchandaient, les coupes de drap, de tissus, chemises, tabliers, lainages. Et combien d'autres encore, marchand des quatre-saisons, le boulanger (Mathieu de Buret), etc.

 

LES MENDIANTS aussi étaient assez réguliers dans leur visite, soit chaque semaine, comme les deux petites vieilles de Wardin comme on les appelait, la petite, un peu bourrue, et sa soeur récitant, sur le seuil, un ave et un pater en promettant la récompense divine.

(p.126) D'autres, moins réguliers peut-être, mais que l'on reconnaissait, les uns à l'air peu engageant et qui faisaient peur aux enfants, comme un cer­tain " garou" , les autres, à l'air de bons vieux à la barbe blanchie.

Le soir venu, ils étaient certains de trouver un abri pour la nuit, car dans chaque village l'hôte charitable était connu (Louis Octave); après la tartine et le café, ils discutaient les nouvelles apportées des autres localités, lors de leurs pérégrinations, et ils passaient la nuit sur le fenil, pour repartir au petit jour.   

Il n'y en a plus dans nos villages, du moins des vrais, de ceux d'autrefois. Actuellement, la mendicité est officiellement interdite en Belgique.

 

Céline Paquay-Collin ou " Céline "d’â pont", qui guérissait certains maux et les petites blessures, par la rhubarbe sauvage, le chiendent, le plan­tain, l'herbe St Antoine, toutes ces "herbes spéciales" étant cueillies à la rosée du matin.

 

Catherine Jacquemart-Collin qui durant tant d'années ensevelissait les morts du village.

Beaucoup d'anciens se souviennent encore, vers les années 1927, de " Nanèsse" qui fut à ses débuts une feuille hebdomadaire amusante, mais qui dégénéra bientôt en un réseau d'intrigues mesquines propres à réveil­ler des animosités (éditée à Liège).

 

N'oublions pas de citer "les romanichels", qui faisaient halte à l'entrée du village avec leurs roulottes et leurs chevaux. Les femmes exploraient le hameau avec, accrochés à leurs jupes longues et bariolées, des bambins au teint brun et aux cheveux noirs. Mais on ne les aimait pas, on les disait voleurs, et ils étaient plutôt accueillis avec méfiance. Ils partaient d'ailleurs rapidement.

 

ECHOS SUR LES METIERS D'HIER ET D'AUJOURD'HUI

(Octave, 1973, 128)

 

Comme dans le plupart des hameaux ardennais, Bourcy comprenait autrefois en majorité des cultivateurs et leurs aides,  le berger,  le vacher, le porcher, un meunier, peut-être un artisan,  comme Biaise le tisserand, un tailleur, un cordonnier.

 

L'exploitation de "La Mine" et la tannerie de Michamps fournirent un gagne-pain à nombre de famille. Ensuite vinrent s'ajouter des menuisiers (H. J. Brunet, Kollé, D.Lassine, Dussart,.. ), sabotier, (E. Jacquemart) des bûcherons, des marchands de bois, des maréchaux-ferrants.

On nous raconte qu'un frère Kollé, menuisier, avait inventé une scie circulaire actionnée par un gros chien. L'animal était enfermé dans une immense roue à aubes entièrement fermée. En voulant se maintenir en équilibre, il actionnait la roue qui grâce à une courroie reliant une petite roue à la scie, faisait actionner celle-ci. Toutes les heures on remplaçait le chien

par un autre. (R.Maquet)

 

Odon Warland débuta au château de Bourcy comme domestique, tout en roulant à ses moments perdus, des cigarettes qu'il vendait aux habitants; puis de­venu petit ambulant,  il parcourut les villages voisins avant de s'installer à Liège, puis à Bruxelles, où il fonda la Société Odon Warland" et la ciga­rette "Boule d'Or".

 

La " fabrique Maquet" qui était une entreprise de famille,  fournissait la poix pour cordonniers (harpie) et une graisse spéciale pour grosses chaus­sures. L'aîné des fils, Alphonse Maquet,  surnommé "Vîje ôle" (à cause de la graisse de fabrication à base d'huile de poisson) reprit d'ailleurs cette fabrique à son nom personnel, mais se spécialisa un peu plus tard dans la fabrication du cirage.

 

Avec le développement  économique, le construction des chemins de fer, le village cessa d'être uniquement agricole, le monde rural s'ouvrit rapide­ment à de nouvelles activités: tailleurs de pierres et ouvriers des routes et dos chemins de fer, employés des chemins de fer et des postes.

 

On vit s'ouvrir les premiers cafés (avant l' installation de la voie ferrée un café se trouvait face à l' église, dans la maison Schaak-Bourguin), les épiceries se multiplièrent, un fabricant de limonades s'installa près de l'école communale, et le boucher Franzen-Abinet eut sa clientèle (bien avant les maisons Geuzaine et Annet).

 

Jusque vers 1920, Bourcy possédait une briqueterie exploitée par Monsieur Henri Zimmer: le chantier créé par lui, était situé route de Moinet. Dès le début de l'installation de l'électricité, vers 1928, s'établit route de Hardigny, une fabrique de construction de poteaux en béton. Le trafic s'intensifiant entre les pays limitrophes, les douaniers se fixèrent, dans les hameaux longeant la frontière.  (…)

 

Une  gendarmerie vint s'y installer également, en 1938 (1er chef Massin) et ce jusqu’en 1954. En 1906, Bourcy eut son médecin, mais comme nous l'avons dit, il ne revint pas de la guerre 1914/18. Le docteur Louis vint s'y fixer, au plus grand profit de tous, à partir d'octobre 1924.

Dans le courant de l'année 1946, Messieurs Booz, industriel de Laneuville, et un associé, Monsieur Sterck de Namur, fondèrent "la scierie de Bourcy", avec une vingtaine d'ouvriers. Les travaux de reconstruction nécessitant une grande quantité de bois, celle-ci fonctionna à plein rendement. Le 1er juillet 1968, elle fut reprise en association, avec la maison Burelet de Cognelée (Namur), Messieurs J. Fertons et R. Martin. Cet atelier s'occupait du pelage de

planches, de bois pour lambris et de panneaux pour coffrage suivant un processus spécial de fabrication. (…)

 

 

FOIRES  (Octave, 1973, 109)

 

Depuis les temps les plus reculés, il s'est toujours tenu à Bastogne, des foires très fréquentées où l'on vendait des grains, non pas seule­ment de provenance indigène, mais aussi de l'étranger, d'Allemagne principalement.

Il y avait aussi le marché aux chevaux, chevaux que l'on appréciait déjà pour leur robustesse et leur endurance, ainsi que les marchés aux moutons et aux porcs.      

Un relevé signale qu'en 1799, les 6 foires de Bastogne étaient très célèbres avec leurs 400 chevaux, 500 bêtes à cornes, 600 moutons et 800 porcs.

A côté du bétail, on y trouvait également tous les produits de la terre, denrées saisonnières, ainsi que les mannes, les paniers, les " ramons"..

On ne voyait pas d'échoppes sur le marché, les marchandises se trouvaient dans des tombereaux ouverts dételés, reposant sur leurs brancards. Les fermiers venaient vendre les produits de la ferme ou s'approvision­naient de marchandises en échange. (…)

Les foires d'Houffalize étaient également très anciennes; déjà en 1388, le Comte de Luxembourg autorisait son vassal Thierry de Houffalize à instituer deux foires annuelles: l'une le mercredi avant la Pentecôte, la seconde à la St Barthélémy (24 août); celles-ci confirmées par Charles-Quint en 1528.

En 1682, il y avait trois foires dans la seigneurie de Houffalize: la 1ère commençait trois jours avant, pour finir trois jours après le St Sacrement, la seconde à la St Barthélémy, la 3ème se tenait à Cowan et commençait le second samedi de septembre pour finir le lundi à midi (1).

Dès 1827 et 1833, de nombreuses foires aux bestiaux, surtout aux moutons, avaient lieu dans divers villages. Ainsi, on signale 2 foires annuelles aux bêtes à laine h Noville: le premier mai et le 20 septembre Une à Buret, au mois d'août, également à Wibrin, Bas-Bellain, Clervaux, etc.

En 1853: à Bourcy, dans la première quinzaine de juin de chaque année, se tenait, pendant 3 jours, une foire spécialement destinée à la vente de la laine (2)

En 1895: suite à une demande des habitants, des foires à bestiaux eurent lieu six fois l'an, en mars, avril, mai,juillet, août et septembre. .Celles-ci furent annulées le 22 janvier 1908, par le Conseil communal.(2)

En 1912, Bourcy se glorifiait d'avoir de nouveau ses foires aux bêtes à cornes et aux porcs, qui avaient lieu le dernier lundi de chaque mois, (surveillants sanitaires: Drs Lefevre et Defoy) Finalement elles tombèrerent en désduétude. (2)

En 1932: un nouvel élan les rétablit.Elles eurent lieu, tous les 4e lundi de chaque mois, sauf en décembre, à la plade de la gare; foires aux bes­tiaux et camelots.(L. Defoy est de nouveau Dr inspecteur). Elles durèrent quelques temps.

Déjà, avant 1940, de nombreuses foires étaient en voie de disparition. Seules celles de Bastogne gardaient et gardent encore de l'importance.

 

(1) A.I.A.L. année 1911.      (2) Arch. communales..

 

 

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3.2.3 Lès travaus / les travaux: secteur tertiaire: l'HORECA

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